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Alphonse de LAMARTINE – Belle et tendre lettre à Valentine de Cessiat (1846)

Lettre autographe signée de son paraphe adressée à sa nièce Valentine de Cessiat – S.l., 4 mai 1846 – 4 pp. in-4.

 

« Nous sommes des insectes nés dans les rayons roses du soleil des Alpes et de la Méditerranée. Ceux-ci sont des insectes nés dans la boue de la Seine et dans les brumes de l’Océan. »

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Alphonse de LAMARTINE (1790 – 1869) – Poète, romancier et homme politique

Lettre autographe signée de son paraphe adressée à sa nièce Valentine de Cessiat – S.l., 4 mai 1846 – 4 pp. in-4.

Belle lettre intime, abordant également la question politique

« Ma chère Valentine,

Je reprends la plume après six jours seulement de violentes souffrances à peu près finies pour vous embrasser et vous remercier. Ce n’est rien qu’un fort accès sur la hanche comme mon père en a eu tout le temps.

J’ai déjà été hier trois heures au bois de Boulogne et aujourd’hui je vais courir les écuries de Paris pour trouver et emmener un charmant cheval de selle afin que Monceau soit bien peuplé cet été ! (entre nous c’est le cadeau que je te destine) un joli cheval pour toi toute seule afin que tu puisses te promener un peu à tes heures avec tes sœurs ou avec un écuyer à pied qui t’accompagne. Je ne sais si je trouverai cela en tout cas, tu as cela. Quant à moi je pars dans l’intention de passer mon été à cheval deux fois par jour. J’écrirai les Girondins [son Histoire des Girondins paraît l’année suivante, en huit volumes] de 2 à 5 heures pour avoir les heures de fraîcheur à chevaucher. Si les rhumatismes et les affaires inattendues ne s’y opposent pas nous comptons partir dans la semaine prochaine et vous embrasser en passant vendredi ou samedi. Jamais je n’ai eu depuis mon enfance un pareil désir d’écolier de quitter Paris. Ah ! quand n’y reviendrai-je plus ? C’est le pays des gaulois, ce n’est pas le mien. Nous sommes des insectes nés dans les rayons roses du soleil des Alpes et de la Méditerranée. Ceux-ci sont des insectes nés dans la boue de la Seine et dans les brumes de l’Océan. Comment es-tu de ton pauvre estomac ? Ta tante et moi nous pensons à tous les Monceaux. Que devient Mâcon ? Est-il vrai qu’on s’y acharne à ruiner mon élection ? Les uns me disant oui, les autres non. Dis à Alix [Alix de Cessiat, sœur de Valentine] d’écrire à l’abbé Thyons [l’abbé Thions, qui causera quelques tracas à Lamartine à l’automne suivant lors de ce qui deviendra « l’affaire Claude Thions »] de s’informer sans y paraître de l’état de l’opinion de mes électeurs vers La chapelle de Guinchay Chaintré et les Thorins. C’est la qu’est le foyer hostile. Du reste s’ils voulaient nous faire le plaisir de me destituer franchement j’en serais bien véritablement heureux. J’ai trop de ces ennuyeuses saisons passées sous ce ciel gris avec ces crapauds qui croassent toujours le même air. Un son de vos voix, un éclat de vos rires entendu dans le jardin de Collonges  ou de la fenêtre de Monceau vaut mieux que tout cela. Tu vois que je t’écris une lettre et que j’ai la fièvre des beaux jours ce matin. Je n’écris cependant qu’un mot car je suis faible et j’ai 200 billets à répondre. Tout Paris a été à notre porte. Je ne suis pas à me plaindre du sentiment public mais il est stérile. Ce monde ne veut que de belles paroles, il n’a pas le courage de me prêter force pour agir.

Adieu Adieu Adieu à mon cher ange. j’espère bientôt bonjour. Puissent mes pieds de mouche vous graver dans le cœur, toute ma tendresse pour toi et tes sœurs.

P.S. Je croyais que c’était 8.000 pour le préfet et en tout 14.000 en voici 2 encore ; accuse moi réception.

J’ai fait un cadeau de 500 à M Coppins autre 1200. Je ne sais s’il l’a dit à sa mère.
Nous sommes en emplette et en emballages. Mes libraires vont très bien. Ils nous apporteront je crois 12 mille francs jeudi pour une petite nouvelle affaire. Autre 12.000 qu’ils m’ont envoyé avant-hier. Il y aura de quoi surseoir à l’été et à l’automne. Tes bonnes prières ont réussi Si les nôtres réussissent tu seras guérie et heureuse.

P.S. au lieu de 2.mille en voilà 3 mille total 15.000 frs ».

Alors qu’il s’apprête à publier son Histoire des Girondins, Lamartine est déjà célébré comme poète (Méditations poétiques 1820 et 1823) et applaudi comme orateur à la Chambre, où il siège depuis 1833. L’historien et l’homme d’État n’apparaîtront que dans les années suivantes, avec notamment sa participation au gouvernement provisoire de 1848, puis sa nomination comme ministre des Affaires étrangères.

Valentine de Glans de Cessiat (1821-1894) est alors âgée de 25 ans ; elle entretiendra avec son oncle une riche correspondance pendant 13 années, avant de venir s’installer avec lui, à Paris, en 1854. Elle restera auprès de lui à la mort de son épouse (1863) et ne le quittera plus, remplissant avec dévouement les fonctions de secrétaire et de lectrice. Elle aurait épousé secrètement son oncle en Suisse, dans les Grisons, mariage religieux et secret après dispense télégraphique du pape Pie IX, sans qu’aucune preuve matérielle n’ait jamais été découverte. Elle sera la légataire universelle des biens d’Alphonse de Lamartine en 1869, soit 2.214.838 francs…de dettes !

Légères traces d’usure, voir photos.