Loading...

Carl Maria von WEBER – Belle et longue lettre à Charlotte von Wiebeking (1818)

Lettre autographe signée C. M. von Weber adressée à Charlotte von Wiebeking (1769-1835) – Hotterwitz, à proximité de Pillwitz près de Dresde, 26 août 1818 – 4 pp. sur un double feuillet in-4, en allemand. Mentions d’une autre main en première page.

 

Je me suis enfin libéré pour permettre à mon corps et à mon esprit fatigués de se reposer et de travailler sur mon opéra La Fiancée du chasseur

6 800

1 en stock

1 en stock

Carl Maria von WEBER (1788 – 1826) – Compositeur

Lettre autographe signée C. M. von Weber adressée à Charlotte von Wiebeking (1769-1835) – Hotterwitz, à proximité de Pillwitz près de Dresde, 26 août 1818 – 4 pp. sur un double feuillet in-4, en allemand. Mentions d’une autre main en première page.

Importante lettre au contenu foisonnant, à sa conseillère et mère de son élève Fanny von Wiebeking – Le compositeur y évoque la genèse du Freischütz

« Hochwolhlgeborene, innigst verehrte Frau ! […] Seit Jahr und Tag bin ich meinen liebsten Freunden, meinem Gänsbacher und so manchen andern Nachricht schuldig geblieben bis ich endlich jetzt auch aus dem Strudel auf eine kleine Zeitinsel gerettet habe, die mir Raum gibt auch einmal etwas zu meiner Beruhigung und Freude zu tun. Der überraschende Besuch [Heinrich] Bärmanns gewährte mir die hohe Freude recht viel von Ihnen sprechenzu können […] D/ 12 [Januar 1817] muBte ich nach Dresden ab. Hier erwarteten mich verdruB und Geschäfte aller Art. Kabalen und Widerstreben der Italiener und Ihrer Anhänger, gänzlicher Subjekt Mangel der deutschen Oper, wenig Vertrauen der Regierung zu der letztern, deren Errichtung ihr blos die Zeitumstände und der sich immer lauter dafür aussprechende Wunsch des Publikums – abgedrungen hattent. Auf diesen ewig wogenden Meere – wo ich alle Kräfte und Augenblicke der neuzugründenden Anstalt, der es an Allem, an Musik ec fehlt widmen muBte, und sehr oft auf dem Punkt stand das Ganze wieder fallen zu laBen und meinen Abschied zu nehmen, – habe ich fast bitter gelebt, gekämpft, gesorgt und gelitten. Doch die Theilnahme des Publikums zeigte sich bald laut und erfreulich, das Vertrauen des Hofes erwachte nach und nach. Mein sehr geliebter und wahrhaft verehrungswürdiger Cheff, litt und arbeitete mit mir, und um seinetwillen ertrug ich vieles, wo ich sonst früher wohl mit beiden FüBen dareingesprungen wäre. Die Zeit wo ich leine gute Lina heimführen durfte nahte im 7ber 1817 heran, als die Vermählungsfeier unserer PrinzeB Marianne mit dem GroBherzog von Sachsen meine Anwesenheit und die Composition einer groBen italienischen Kantate erheisten […] Endlich riB ich mich los um meinem angestrengten Körper und Geist Ruhe zu gönnen, aund auch meine Oper die Jägersbraut [Der Freischütz] bearbeiten zu können. Ich erhielt Urlaub vom Staatsdienst auf 2 Monate, und zog d : 22. Juny hieher aufs Land. Kaum Angekommen drängten mich Aufträge für Berlin, und eine Kantate zum 3/ August, als dem Namenstage unserer Königin, PrinzeBin und Königs, nach deren Vollendung iche eine groBe Kantate zur Jubelfeyer unseres Monarchen im 7ber screiben muBte […]

Bärmann hat eine kurze Zeit dieB Drängen und Treiben mitangesehen, und mir versprochen, Ihnen ein treues Bild davon zu entwerfen […] Sollte meine fleBige liebe Schülerin [Fanny Wiebeking] nicht mehr in Ihrer Nähe sein, so haben Sie wohl die Güte, Ihr diesen Brief mitzuschicken, wobey ichnicht umhin kann ganz leise die Lehrer BesorgniB einflieBen zu laBen ob…auch ihr schönes Talent nicht über den Freuden und Sorgen des neuen Standes vernachläBigt werde ? […] »

Traduction : « Très honorable et très chère Madame ! […] Voici des années et des jours, que je suis resté sans nouvelles de mes amis les plus chers, de mon Gänsbacher et de tant d’autres, jusqu’à ce que je sois enfin sorti du tourbillon pour me retrouver sur un petit îlot de temps, qui me permette de retrouver le calme et de me réjouir. La visite surprise de [Heinrich] Bärmann m’a donné la grande joie de pouvoir parler beaucoup de vous […] Le 12 [janvier 1817], je devais partir pour Dresde. Des ennuis et des affaires de toutes sortes m’y attendaient. Les cabales et les réticences des Italiens et de leurs partisans, le manque total de sujets pour l’opéra allemand, le peu de confiance du gouvernement dans celui-ci, dont la création lui a été imposée par les seules circonstances contingentes et le désir de plus en plus prononcé du public. Sur ces mers éternellement agitées – où j’ai dû consacrer toutes mes forces et tous mes instants à la nouvelle institution, qui manquait de tout, de musique, et où j’étais très souvent sur le point de me laisser aller à l’abandon et de prendre congé, – j’ai vécu presque amèrement, j’ai lutté, je me suis inquiété et j’ai souffert. Mais la participation du public ne tarda pas à se manifester bruyamment et avec enthousiasme, et la confiance de la cour revint peu à peu. Mon chef bien-aimé et vraiment vénérable a souffert et travaillé avec moi, et pour lui, j’ai supporté beaucoup de choses dans lesquelles j’aurais sans doute sauté à pieds joints. Le temps où je pouvais ramener ma bonne Lina à la maison approchait en mars 1817, lorsque la célébration du mariage de notre princesse Marianne avec le grand-duc de Saxe a nécessité ma présence et la composition d’une grande cantate italienne […] Je me suis enfin libéré pour permettre à mon corps et à mon esprit fatigués de se reposer et de travailler sur mon opéra La Fiancée du chasseur [Der Freischütz]. J’ai obtenu un congé de deux mois de la fonction publique et suis venu m’installer ici à la campagne le 22 juin. À peine arrivé, des commandes pour Berlin me pressaient, ainsi qu’une cantate pour le 3 août, jour de la fête de notre reine, princesse et roi, après laquelle je devais écrire une grande cantate pour la fête du jubilé de notre monarque le 7 septembre. […] Bärmann a constaté cette agitation et cette activité pendant un court moment et m’a promis de vous en dresser un tableau fidèle […] Si ma chère élève assidue [Fanny Wiebeking] n’est plus près de vous, vous aurez bien la bonté de lui envoyer cette lettre, dans laquelle je ne peux m’empêcher d’exprimer discrètement mon inquiétude quant à savoir si […] son beau talent ne sera pas négligé au profit des joies et des soucis de son nouvel état. […] »

Fanny von Wiebeking fut l’élève de Weber de 1811 à 1815 ; elle venait d’épouser un mois plus tôt, le 12 juillet, le diplomate Gustav Adolph von Strauch (1790-1839). Elle mourra l’année suivante à la naissance de leur fils.

Papier brun, une réparation discrète au pli central, voir photos.