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Charles BAUDELAIRE s’interroge sur la sottise des académiciens

Lettre autographe signée « C .B. » adressée à Auguste Poulet-Malassis – [Paris, fin décembre 1861 – début janvier 1862] – 1 p. ½pp. in-8, adresse au verso du second feuillet : Monsieur Poulet Malassis / 27, rue Neuve Bréda / (En cas d’absence laisser la lettre).

 

«…un très grand nombre d’Académiciens avaient décidé que ma candidature devant être tenue pour un outrage à l’Académie, ils auraient soin de n’être pas visibles pour moi.

Une pareille sottise est-elle possible ? »

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Charles BAUDELAIRE (1821 – 1867) – Poète

Lettre autographe signée « C .B. » adressée à Auguste Poulet-Malassis – [Paris, fin décembre 1861 – début janvier 1862] – 1 p. ½pp. in-8, adresse au verso du second feuillet : Monsieur Poulet Malassis / 27, rue Neuve Bréda / (En cas d’absence laisser la lettre).

« Une pareille sottise est-elle possible ? »

Belle lettre évoquant son échec à l’Académie et ses publications en cours

« Mon Cher Ami,

Pour une raison quelconque je ne peux pas sortir. Pouvez-vous venir à mon Hôtel à l’heure du Dîner ? Vous m’épargnerez la fatigue d’une longue lettre. Texier à qui j’écris encore, renvoie notre Guys [son essai sur Constantin Guys, Le Peintre de la vie moderne, 1863]¸de semaine en semaine ; la fin de février va amener vos 600 frs. D’un autre côté les poëmes en prose, auxquels je travaille, paraîtront de mois en mois, moitié à l’Artiste, moitié à la Presse (vendus à Houssaye).
Je voudrais trouver un moyen de tirer des
poëmes en prose la totalité approximative de leur valeur (en journal) et vous laisser les 600 frs nécessaires.

Le premier numéro sera le 1er février

En tous cas, venez me voir, et dîtes à ce garçon si c’est pour ce soir. Toute démarche académique se trouve forcément interrompue par cette nécessité de travail.

à ce propos, Rozier m’a dit tenir de Wallon qu’un très grand nombre d’Académiciens avaient décidé que ma candidature devant être tenue pour un outrage à l’Académie, ils auraient soin de n’être pas visibles pour moi.

Une pareille sottise est-elle possible ?

Tout à vous. »

Le vote à l’élection au fauteuil 13 d’Eugène Scribe prévue le 6 février 1862 est reportée de deux mois et valide l’élection d’Octave Feuillet le 3 avril 1862. La candidature de Charles Baudelaire ne recueille aucune voix. Sur le conseil de Sainte-Beuve, Baudelaire renonce à sa candidature au fauteuil de Lacordaire, auquel sera élu Albert de Broglie, le 26 février 1863. Charles Baudelaire ne se représentera plus jamais à L’Académie.

Ce projet de candidature à l’Académie a occupé Baudelaire pendant deux mois, de sa lettre de candidature adressée à Abel Villemain le 11 décembre 1861, au 10 février 1862, date de la lettre de son désistement. Pendant cette période, Baudelaire ne ménagera pas ses efforts pour obtenir le soutien de plusieurs académiciens, se pliant au rite des visites. Il obtient l’appui de Sainte-Beuve, Charles Asselineau, Victor de Laprade et Alfred de Vigny, à qui il devra envoyer ses œuvres car il ne les connaissait que de nom. Quelques mois plus tôt, le 25 juillet 1861 écrivait à ce sujet à sa mère : « Être de l’Académie est, selon moi, le seul honneur qu’un vrai homme de lettres puisse solliciter sans rougir. »

Pour approfondir sur la portée et le devenir de la candidature de Charles Baudelaire à l’Académie, on pourra se référer avec profit à l’article d’Andrea Schellino : Baudelaire et l’« utopie » académique, paru dans la revue Francofonia n°67, Poésie et Institutions au XIXe, pp. 157-172.

La publication des Poèmes en proses dans La Presse en 1862 sera à l’origine d’une brouille entre Baudelaire et Houssaye, ce dernier cherchant à obtenir la suppression de certains poèmes pouvant heurter ses lecteurs, et utilisant le prétexte que certains avaient déjà été publiés dans des revues. Il s’ensuivit une rupture de contrat entre les deux hommes, qui affecte durement Baudelaire dont la situation financière était précaire.

Collection Armand Godoy.

Références :     Baudelaire – Correspondance, T. II, pages 213-214, Pléiade.

Petite déchirure au cachet, sans atteinte au texte, voir photos.