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Charles GOUNOD – Belle correspondance de travail à Ernest Legouvé

Lettre autographe signée adressée à Ernest Legouvé – Saint-Cloud, mercredi 7 septembre 1864 – 2 pp. in- 8, papier azuré.

 

« Vous voyez que je ne flâne pas ! on fait tous des efforts, Sire, pour répondre à la confiance de votre auguste majesté. »

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Charles GOUNOD (1818-1893) – Compositeur

Lettre autographe signée adressée à Ernest LegouvéSaint-Cloud, mercredi 7 septembre 1864 – 2 pp. in- 8, papier azuré.

Sur ses compositions pour Les deux Reines de France

« Cher ami,

Je suis très content de votre Bataille des Vins. Par un singulier hasard ma marche des vins et le chœur du début ont été trouvés dès la première lecture de votre envoi : je n’ai en quelque sorte pas même eu la peine de la chercher, elle est arrivée en regardant défiler les vins. Une petite objection me reste pourtant, c’est de savoir comment je pourrai continuer ma musique avec le parlé du jongleur et du Roi : c’est un très mince détail dont nous aurons tout le temps de causer quand je vous reverrai. Peut-être pourrons-nous, sur un signe du Roi, faire passer le jongleur dans la salle du concile, en sautant du mot « Montmorency » à la reprise du chœur « Vive la bataille des vins » – Les deux ou trois mots de parlé du Roi qui sont plus loin, seront très faciles à encadrer dans le mouvement musical.

J’ai trouvé et écrit la marche d’arrivée des Pèlerins venant faire bénir besaces et bâtons. J’ai trouvé également tout le chœur « Beau Sire Dieu » ! « J’ai presque le chant du Légat au 1er acte : enfin j’ai le début de la scène de l’Interdit et la conclusion avec toutes les voix. Vous voyez que je ne flâne pas ! on fait tous des efforts, Sire, pour répondre à la confiance de votre auguste majesté.
À propos, ne craignez vous pas un peu la Rogne ainsi que « double fils de Bâtard » ? Ce n’est pas pour moi que j’en parle, je suis tout à fait partisan de cette langue là, mais… le public ?… je ne sais ; voyez : quant à moi, je vous suivrai
. [les expressions seront maintenues]

La Marche des vins m’amusera beaucoup à écrire. Je vois d’ici, dans les instruments que j’y emploierai, une galerie de braves gens plus ou moins pansus dont le défilé prête à des expressions de physionomie Rabelaisiennes. […] »

Charles Gounod met en musique Les deux Reines de France, drame en vers en 4 actes avec chœur, sur un livret d’Ernest Legouvé. La création de l’œuvre, prévue le 11 mars 1865, fut repoussé lorsque la censure s’avisa qu’il était inopportun de porter à la scène une question aussi délicate que celle du divorce d’un souverain français et de sa relation conflictuelle avec Rome ; aussi Gounod ne fera-t-il jouer sa musique qu’en privé.

Le fait historique concernait en effet la répudiation par Philippe Auguste de sa femme Ingeburge de Danemark, épousée en 1193, et de son remariage avec Agnès de Méranie en 1196, dont il eut 2 enfants. Le pape Innocent III refusa d’entériner le divorce et jugeant Philippe Auguste coupable d’adultère et de bigamie, lança l’interdit sur le royaume de France. Il n’était plus possible dès lors d’y célébrer la messe, ni de baptiser les nouveau-nés ou d’administrer les sacrements aux mourants. Philippe Auguste dut céder, se sépara d’Agnès et consentit à reprendre Ingeburge, tandis que le pape légitimait ses enfants.

 

Légères rousseurs, voir photos.