Loading...

Eugène IONESCO – Exceptionnel manuscrit autographe signé (1939)

Manuscrit autographe signé intitulé « JOURNAL – LES DÉBRIS DU SOUVENIR », avec nombreuses ratures et corrections – Daté du « Printemps 1939 » avant la signature, sur le dernier feuillet – 38 pp. sur 38 feuillet in-4., détachés d’un cahier d’écolier.

 

« Des débris de souvenirs. Je me demande, parfois, s’ils m’appartiennent. Quelques îlots émergent sur l’océan infini du néant. Prêts à s’engloutir, à leur tour : Dernières survivances. »

8 500

1 en stock

1 en stock

Eugène IONESCO (1909 – 1994) – Dramaturge et écrivain

Manuscrit autographe signé intitulé « JOURNAL – LES DÉBRIS DU SOUVENIR », avec nombreuses ratures et corrections – Daté du « Printemps 1939 » avant la signature, sur le dernier feuillet– 38 pp. sur 38 feuillet in-4., détachés d’un cahier d’écolier.

Émouvante expression d’humanité, quelques mois avant la guerre

Ces pages sont consacrées à l’évocation de ses souvenirs du petit village de Mayenne, où Ionesco avait été placé pendant deux années en famille d’accueil, en 1917, avec sa sœur cadette Mirilina. Il se trouvait alors dans une ferme de la Chapelle Anthénaise, près de Laval, et y était retourné pour la première fois au printemps 1939. Il fera de nouveau ce pèlerinage en 1965 et 1967, pour raisons personnelles, puis plus longuement, en 1970, pour tourner un court-métrage et une dernière fois en 1985, pour une représentation de La Cantatrice chauve.

Des extraits de ce texte ont été publiés dans le recueil La Photo du colonel, sous le titre « Printemps 1939 » (pp. 169 à 239). Ce recueil paru en 1962 est constitué de 6 nouvelles (Oriflamme, La Photo du colonelLe Piéton de l’airUne victime du devoirRhinocérosLa Vase et Printemps 1939, où notre manuscrit n’est repris que partiellement). Plusieurs de ces nouvelles seront à la source de quelques-unes des plus célèbres pièces de l’auteur (Rhinocéros, Victime du devoir).

Morceaux choisis :

« […] en face, de la maison, après la passerelle, après les trois grands châtaigniers, un chemin serré entre les haies d’aubépines, sous un toit de branches et de feuilles, reliait le Moulin à la route départementale que l’on prenait pour aller à la petite gare de la Chapelle Anthenaise, insolite, avec ses quelques rails au milieu des champs.

Combien de fois, combien de fois suis-je mort depuis ? […] »

« […] Je suis torturé par des désirs sans nom pour des choses que j’ai perdues à jamais, que je n’ai jamais eues, jamais vues, dont je n’ai jamais su ce qu’elles sont . […] »

« […] Des débris de souvenirs. Je me demande, parfois, s’ils m’appartiennent. Quelques îlots émergent sur l’océan infini du néant. Prêts à s’engloutir, à leur tour : Dernières survivances. […] »

« […] mauvaises nouvelles dans les journaux ; La guerre, peut-être. Agonie de l’Europe ? J’ai peur que ce ne soit la fin de tout. La mort est le dernier, le définitif présent. Dans le vaisseau qui sombre je vis, multipliée, ma propre peur. Celle des autres. Pleurer sur moi-même ? ou sur les autres ? Je m’imagine une civilisation en ruines. Un regret poignant, indicible, la mort de tous c’est ma propre mort. Que reste-t-il d’un monde ? des débris de souvenirs comme pour un être individuel : détachés de soi, étrangers aux générations qui viennent : le bras mutilé d’une statue, des potiches, on saura quelque chose sur la cour de Louis XIV,du romantisme…du gui des Gaulois…images incolores, inexpressives émergeant à peine dans l’Océan de l’oubli. Dans quelques siècles, l’Europe sera aussi étrangère aux hommes que les civilisations précolombiennes.[…] »

 

État d’usage, voir photos.