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Georges BATAILLE – Luttant contre la maladie pour terminer “Les Larmes d’Eros”

Lettre autographe signée à Jean-Marie Lo Duca – Les Sables d’Olonne (Vendée), 9 quai Wilson [1959] – 3 pp. ½ in-8.

 

« Je suis à bout de forces. Je travaille malgré tout mais j’avance très lentement, très très lentement. Je ne sais plus quoi vous dire. Il m’arrive quelquefois de me trouver devant des corrections qui ont empiré mon texte »

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Georges BATAILLE (1897 – 1962) – Écrivain et bibliothécaire

Lettre autographe signée à Jean-Marie Lo DucaLes Sables d’Olonne (Vendée), 9 quai Wilson [1959] – 3 pp. ½ in-8.

Hanté par la maladie, l’écrivain consacre ses dernières années à la publication des Larmes d’Eros

« J’ai fait et je continue de faire un effort désespéré pour aboutir. Hélàs le traitement que j’ai suivi pour me remettre d’aplomb sur le conseil du médecin a eu plutôt l’effet contraire. Je suis à bout de forces. Je travaille malgré tout mais j’avance très lentement, très très lentement. Je ne sais plus quoi vous dire. Il m’arrive quelquefois de me trouver devant des corrections qui ont empiré mon texte. Dieu merci, ce n’est pas vrai dans l’ensemble mais cela dépeint une difficulté si grande, que seule ma conversation me permettrait de vous rendre compte du point où j’en suis.  La seule chose qu’il me soit possible d’avancer est que d’une part je vais faire tout pour me remettre les nerfs d’aplomb, sur le plan des traitements médicaux, et que, d’autre part, je ne cesse de travailler que dans la mesure où je m’aperçois que cela s’embrouille.

Ne m’abandonnez pas. Ecrivez-moi. Dîtes-moi où vous en êtes, ce que vous exigez précisément et s’il y a lieu, de nouveau, sur le plan de l’illustration. Répondez-moi surtout sur un point précis : jusqu’à quelle date serez-vous à Paris, c’est-à-dire jusqu’à quelle date pourrai-je tenter de vous y rencontrer. Je m’excuse de toutes ces difficultés et je vous demande en dépit de tout de compter sur moi. Malgré tout le travail qui me reste à faire n’est pas tel que je puisse un instant songer à lâcher pied jusqu’au jour où je vous enverrai le manuscrit terminé, je remets tout le reste à ce jour-là. Très amicalement. »

Il ajoute en post-scriptum : « Je crois surtout qu’il y aurait un grand intérêt à ce que nous nous rencontrions. – Je ferai mon possible pour faire taper pas trop tard, ces jours-ci, ce qui existe en version définitive. »

Suite à de violentes douleurs, Georges Bataille consulte dès 1955 son ami le docteur Théodore Fraenkel qui lui diagnostique une artériosclérose cérébrale ; à cinquante huit ans, l’écrivain se sait condamné. Malgré son état de santé critique, il termine son ultime publication, Les Larmes d’Eros, la dernière éditée de son vivant, au terme de deux années de travail. L’ouvrage envisage une histoire de la Peinture placée sous le double signe de l’Amour et de la Mort, Eros et Thanatos, illustré d’une iconographie abondante, parfois objet de critiques, mêlant reproductions d’œuvres d’art, gravures et photographies, depuis Lascaux jusqu’à l’expérience surréaliste.

L’écrivain italien et critique de cinéma (un des fondateurs des Cahiers du Cinéma) Jean-Marie Lo Duca (1910-2004) dirige alors la Bibliothèque Internationale d’Érotologie chez Pauvert et apportera son concours à la préparation de l’édition qui paraîtra la même année.

 

Bon état, voir photos.