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J.-K. HUYSMANS s’épanche longuement sur ses ennuis de santé

Lettre autographe signée adressée à son ami, le peintre Jean-François Raffaëlli – [Paris], 13 juillet 1882 – 3 pp. in-12.

 

« …la vie que je mène est des plus réjouissantes. Je me traîne jusqu’à mon bureau et retourne chez moi, où je me couche, et passe la nuit, éveillé, dans des cauchemars. »

 

 

Vendu

Joris-Karl HUYSMANS (1848 – 1907) – Écrivain naturaliste et critique d’art

Lettre autographe signée adressée à son ami, le peintre Jean-François Raffaëlli – [Paris], 13 juillet 1882 – 3 pp. in-12.

Sur ses ennuies de santé et ses projets en cours

« Je voulais vous écrire après être passé au Cercle pour voir les tableaux que vous exposez.
Et je n’ai pu y aller encore, vu que j’ai passé l’une des abominables semaines de ma vie ; trois jours à garder la chambre avec la tête en compote
. Vous pensez si dans cet état, j’étais apte à aller goûter de la peinture.
Voilà, mon cher Raffaëlli, d’assez niaises nouvelles. Je suis dans l’asa foetida et l’oxyde de zinc jusqu’au cou pour l’instant ; j’ai la sensation d’un homme constamment ivre, dont la cervelle se liquéfie.
Heureux effet du printemps qui m’a fait revenir avec plus d’intensité que jamais les douleurs de tête, dont je commençais à me croire un peu guéri. Inutile d’ajouter que mon roman commencé est resté sur le chantier
[probablement À rebours; et que la vie que je mène est des plus réjouissantes. Je me traîne jusqu’à mon bureau et retourne chez moi, où je me couche, et passe la nuit, éveillé, dans des cauchemars.
Mais en voilà assez ; cette absurde maladie de nerfs contre laquelle tous les remèdes échouent tour à tour-me dégoûte, rien que d’en parler. Et vous ? Êtes-vous content ? que faîtes-vous depuis si longtemps que nous ne nous sommes vus ? Je pensais vous voir mercredi ; mais je n’ai pu aller chez les Bartholomé…
[Le sculpteur est un ami proche du peintre, il sera avec Degas, témoin au mariage de Raffaëlli] et j’ai joliment bien fait, car j’ai eu une de ces crises où l’estomac s’en mêle et où l’on s’estime heureux d’être seul et pour soi, et pour les autres. Je suis en retard avec tout le monde avec Jules Charpentier, tout le monde. Tout cela augmente mon malaise encore. Je voudrais pourtant bien vous voir ; à la première éclaircie de tête qui me luira, nous tâcherons de nous réunir. Mais quand ? Je vais avoir une consultation du Dr Luys, le médecin des maladies nerveuses, de la Salpêtrière. Va-t-il enfin me soulager, celui-là ? J’ai bien peur que ce ne soit de l’argent dépensé en pure perte. En tous cas, il y a un remède que tous, sans exception, me recommandent : c’est la campagne. Je suis tellement las, que je vais à la fin de l’année, m’efforcer de vendre la brochure et alors, n’étant plus aussi étroitement rivé, j’irai louer dans les environs de paris dans un Asnières quelconque. Je vous reparlerai de tout cela plus tard. En 1883, car je ne puis rien faire avant.
Travaillez, sans vous énerver comme moi, mon cher Raffaëlli, vous qui êtes nerveux. Je suis un terrible exemple. Ecrivez-moi car ça m’a fait grand plaisir de recevoir votre lettre. Serrez la main à tout le monde pour moi qui vous la serre bien affectueusement.»

En 1879 Raffaëlli avait illustré Les Sœurs Vatard, avec 28 compositions, dont 5 hors texte en couleurs, l’ouvrage était préfacé par Lucien Descaves. L’année suivante, Raffaëlli avait illustré avec Jean-Louis Forain le recueil de poèmes en proses Croquis Parisiens de Huysmans

Déchirure horizontale soigneusement réparée, voir photos.