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Jean MOULIN – Belle lettre annonçant l’installation de sa galerie d’art

Lettre autographe signée Jean adressée à sa mère Madame Antoine-Émilie Moulin et à sa sœur Laure – Nice, mercredi [18 novembre 1942] – 2 pp. in-8, enveloppe conservée.

 

« Ensuite nous passons à l’installation, ce qui sera moins désagréable ! »

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Jean MOULIN (1899 – 1943) – Préfet et résistant, délégué clandestin du général de Gaulle

Lettre autographe signée Jean adressée à sa mère Madame Antoine-Émilie Moulin et à sa sœur LaureNice, mercredi [18 novembre 1942] – 2 pp. in-8, enveloppe conservée.

Sur le point de finaliser l’installation de la galerie « Romanin »

« Chère Maman, chère Laure, Je regrette beaucoup de n’avoir pu venir à Saint-Andiol dimanche comme prévu, mais je pense que Laure a pu faire son voyage quand même et surtout qu’elle a pu avoir le télégramme avant son départ, ce qui lui aura évité une attente désagréable à Avignon. J’ai vu ici Manhès que j’ai invité à venir passer l’après-midi et la soirée à Montpelier dimanche. Je compte moi-même arriver à 11 heures du soir le samedi ou à défaut le dimanche matin. Si j’arrive le soir, ne m’attendez pas puisque, par mégarde, j’ai emporté votre trousseau de clés…

Ici je pense en finir demain avec mon affaire, les deux avocats devaient se rencontrer ce matin au palais pour conclure l’accord définitif. Ensuite nous passons à l’installation, ce qui sera moins désagréable ! J’espère que tout va bien à Montpelier et St Andiol, malgré les événements et que vous êtes toutes deux en bonne santé. […] »

Au sujet de l’« affaire » en cours : Jean Moulin s’apprête à signer devant notaire la cession du bail pour un local situé au 22, rue de France, à Nice, afin d’y installer sa galerie d’art ; la signature aura lieu le 22 novembre. La galerie prendra le nom de « Romanin », d’après son pseudonyme d’artiste.

Cette passion artistique était ancienne ; bien avant l’occupation, Jean Moulin avait développé un goût pour la peinture, le dessin et la gravure. En optant pour une activité de marchand de tableaux, il trouvait également une couverture fort utile pour justifier ses déplacements à Nice et camoufler ses activités de résistant, ce qu’il réalisera avec l’aide de Colette Pons, qu’il avait rencontrée à Megève fin janvier 1942. La galerie était située au rez-de-chaussée et allait accueillir les œuvres de « Romanin », mais aussi celles d’artistes de premier plan : Bonnard, Degas, Kisling, Matisse, etc., notamment lors de son inauguration, le 9 février 1943. Au premier étage était situé un appartement, qui allait servir de « planque » pour la Résistance.

Sur son ami résistant Henri Manhès : alors qu’il était en poste à la sous-préfecture de Grasse, Henri Manhès (1889-1959) avait aidé Jean Moulin à obtenir son faux passeport et rejoint la Résistance en avril 1941 ; il s’était ensuite engagé dans les Forces françaises libres sous le nom de « Frédéric Monceau ». En 1942 et 1943, il devient le représentant de Jean Moulin en zone nord (partie de territoire située au nord de la zone de démarcation, ainsi nommée à partir de novembre 1942). Henri Manhès sera arrêté par la Gestapo le 3 mars 1943, puis déporté en janvier 1944 au camp de Buchenwald. Il est nommé Compagnon de la Libération par décret du 19 octobre 1945.

Laure Moulin (1892-1974), enseignante, fut elle-même résistante. Première secrétaire de Jean Moulin durant la guerre, elle sera également sa confidente. Elle assurait la conservation de ses manuscrits et documents sensibles, tout en le soutenant pour certaines missions et réalisant entre autres des tâches de déchiffrement.

Elle publiera le journal de son frère, Premier Combat et écrira sa biographie, Jean Moulin (Presses de la Cité, 1982), faisant figurer en préface le discours d’André Malraux.

Bon état, voir photos.