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Joseph KESSEL – Manuscrit rendant hommage à la poésie de Jean Cocteau

Manuscrit autographe signé préparatoire de l’article « À propos d’Opéra de Jean Cocteau », comportant de nombreux ajouts et corrections – S.l. [1927] – 2 pp. in-4 (21,5 x 27 cm).

 

« Il est, en effet, des domaines où seul un grand poète visité de lumière et de ténèbres peut sans risque s’aventurer. Le suivre présente un danger pour qui se meut, à l’ordinaire, sous une plus égale clarté. »

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Joseph KESSEL (1894 – 1979) – Romancier

Manuscrit autographe signé préparatoire de l’article « À propos d’Opéra de Jean Cocteau », comportant de nombreux ajouts et corrections – S.l. [1927] – 2 pp. in-4 (21,5 x 27 cm).

Premier jet de l’article paru dans les Annales politiques et littéraires du 1er mars 1928, puis repris beaucoup plus tard pour le portrait de Jean Cocteau dans Des Hommes (1972). Il y est question du recueil de poésie Opéra, d’une cinquantaine de poèmes composés pour l’essentiel par Cocteau en 1925 et 1926, paru chez Stock en 1927.

Bel hommage littéraire à son ami

« Quand je reçus Opéra, j’hésitai longtemps à l’ouvrir. Ce n’était pas seulement la très belle couverture de Christian Bérard qui, retenant mon attention, me faisait tarder à prendre connaissance du livre. J’avais peur, oui, peur à la manière de quelqu’un qui sait qu’il va vers une terrible et trop lourde et trop secrète découverte. Il est, en effet, des domaines où seul un grand poète visité de lumière et de ténèbres peut sans risque s’aventurer. Le suivre présente un danger pour qui se meut, à l’ordinaire, sous une plus égale clarté.

Or, Jean Cocteau, depuis quelques années, insensiblement, et chaque jour davantage, nous échappe. Il glisse vers des régions où il est prêt à ne point perdre pied, et ce qu’il rapporte de ces funestes et merveilleux voyages ressemble toujours plus à de mortels enchantements. […] 

Voici quelques semaines, dans la petite chambre d’hôtel où Cocteau s’est retiré avec ses armes de poète, se balançait au-dessus de son lit une tête grandeur naturelle. Elle avait été construite par lui avec un fil souple, solide et blanc. L’air circulait entre ces linéaments mystérieux. A travers leurs inflexions, on apercevait les murs de la chambre. Cette tête vide, ajourée, blanc dessin dans l’air obscur, de quelque côté qu’elle s’inclinât, vivait d’une vie profonde, muette, invincible. Quand je relis les poèmes d’Opéra, c’est à elle que je songe. »

C’est au Lavandou, en août 1922, que Joseph Kessel, alors en voyage de noces avec sa femme Sandi, se lie d’amitié avec Jean Cocteau, en vacances avec Radiguet. Après un passage dans les plus grands quotidiens de l’époque (La Liberté, Le Figaro, Gringoire, Le Matin…), Kessel débute en 1928 sa collaboration aux Annales politiques et littéraires, où il va publier trois articles : celui consacré à Jean Cocteau, un autre sur le centenaire de Jules Verne (1er février 1928) et le dernier sur le centenaire de Tolstoï (15 septembre 1928).

Sur la tête qui lui a fait forte impression : cette création de Cocteau, qui apparaît dans une série de photos de Man Ray et dans son films Le Sang d’un poète, est la Tête en débourre-pipe. La sculpture semble avoir été achetée, puis détruite, par la vicomtesse de Noailles – qui a d’ailleurs détruit tout ce qu’elle possédait de lui par jalousie et par dépit, après la liaison du poète avec Natalie Paley.

 

Plis marqués, petites traces d’usure, voir photos.