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Pierre LOUŸS – L.A.S. à son demi-frère, Georges Louis (1907)

Lettre autographe signée Pierre adressée à son demi-frère Monsieur Georges Louis – [Tamaris-sur-mer, 25 juillet 1907], jeudi soir – 4 pp. in-8, à l’encre violette, enveloppe conservée.

 

« Et j’ai tourné sept fois ma plume dans ma main pour écrire une lettre bien simple, bien claire, sans un mot qui puisse être mal interprété, parce que ces affaires de documents à publier sont horriblement délicates quand les familles interviennent avant »

 

 

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Pierre LOUŸS (1870 – 1925) – Poète et romancier

Lettre autographe signée Pierre adressée à son demi-frère Monsieur Georges Louis – [Tamaris-sur-mer, 25 juillet 1907], jeudi soir – 3 pp. in-8, à l’encre violette, enveloppe conservée.

Jolie lettre évoquant les manuscrits cryptographiques d’Henri Legrand

L’architecte Henry Legrand (1814-1876) avait tenu une chronique de la vie mondaine et des scandales de la haute société de l’époque qu’il avait consignée dans des manuscrits cryptographiques. Un article du Temps daté du 7 juillet signé par Maurice Dumoulin relatait la manière dont Pierre Louÿs avait fait l’acquisition et l’analyse de ces écrits après avoir réussi à en trouver la clef.

« On m’écrit :

Monsieur. – J’ai communiqué à un personnage que je vous nommerais verbalement si je pouvais avoir l’honneur de vous rencontrer ; l’article du Temps sur une publication que vous préparez. Ledit personnage aurait intérêt à connaître (la date de cette publication, et même, si cela était possible, certains passages qui paraissent viser un membre de sa famille.) Etc. Je vous serais reconnaissant de me recevoir…etc.

C’est signé Max Martin Furth. Ce nom se trouve au mot Furth dans les annuaires. Le monsieur demeure rue Marbeuf et il est membre de l’Automobile Club. Un vice-consul d’Autriche-Hongrie se nomme Richard Furth.
Ma première impression a été que le « personnage » était un Cobourg. Ce Furth, qui s’appelle Martin comme Luther – doit être allemand.

Mais non, il ne s’agit pas sans doute de la Princesse Clémentine, puisque les passages en question « paraissent » seulement viser…et que la Princesse Clémentine est deux fois nommée dans l’article du Temps [la princesse Clémentine d’Orléans (1817-1907), fille de Louis-Philippe, princesse de Saxe-Cobourg, décédée en février 1907].

La seule qui ne soit pas nommée, mais désignée, est son amie intime, la fameuse jeune fille que Legrand nomme « Adèle de M…. » pour dépister le lecteur. J’ai fini par trouver son véritable prénom : Louise ; mais je ne connais toujours pas son nom de famille. Ce M. Furth l’aurait-t-il deviné, et va-t-il me le donner sans savoir que je l’ignore, – en nommant son parent ?

Quoiqu’il en soit j’ai répondu : « De quelle part ? ». Et j’ai tourné sept fois ma plume dans ma main pour écrire une lettre bien simple, bien claire, sans un mot qui puisse être mal interprété, parce que ces affaires de documents à publier sont horriblement délicates quand les familles interviennent avant. Je m’alarme un peu de tout cela. Je me suis laissé interviewer par tout le monde (et ce n’est pas fini ; l’Illustration prépare un article avec clichés) parce que cela flattait ma petite vanité de cryptographe. Et maintenant je le regrette. Tu vas comprendre pourquoi.

Bien entendu, la publication des manuscrits ne commencera pas avant un ou deux ans, peut-être davantage. Et alors sais-tu ce que diront les bons petits confrères : « Tiens ! Tiens !…il fait une réclame énorme pour annoncer des manuscrits scandaleux…et rien ne paraît ?….c’est étrange » Ce petit raisonnement sera encore une raison toute trouvée pour expliquer comment je ne suis pas décoré.

A propos je suis enchanté que tu le sois, toi, et tu sais, j’aurais donné bien volontiers mon ruban pour ta plaque. Ces petites lettres G.O à ajouter dans le Tout Paris ne m’auraient fait pourtant aucun plaisir si elles avaient coïncidé avec ta retraite ; mais il me semble qu’à l’époque où tu les reçois, c’est au contraire bon signe. Puissent les évènements te réserver un poste, après quoi il restera toujours la grande croix à t’offrir pour te consoler de le perdre quand tu l’auras occupé. Les deux derniers grades de la légion d’Honneur sont presque toujours des indemnités offertes aux fonctionnaires de premier rang, à leur départ. Accorder la plaque avant la retraite c’est dire clairement : « Nous comptons sur vous jusqu’à la grande croix. Selon les règles et les précédents cela devrait te donner cinq ans de tranquillité.

Je ne comprends rien à la démission Hagron [le 24 juillet Le Temps avait consacré un article à la demande de mise en disponibilité du général Hagron, en désaccord sur la question d’un service obligatoire de 3 ans]. S’il s’en va parce que l’armée devient plus faible, c’est un acte tellement indigne d’un officier que je ne peux pas y croire – s’il s’en va pour faire réformer la loi, c’est trois semaines trop tard ou trois mois trop tôt, comment un homme comme lui, ancien Grand Ecuyer de la présidence, peut-il ignorer que tous les coups d’épée après fin de session sont des coups d’épée dans l’eau ? En novembre prochain la démission de Hagron sera d’aussi vieille histoire que celle de Damont ou celle de Cincinnatus ;

Et puis d’ailleurs l’armée ne perd rien du tout à cette retraite. Il n’en est pas de la guerre, comme de la jurisprudence, de la diplomatie, etc…sciences de long acquit et de longue expérience . Bonaparte et Anibal avaient trente ans. La plus forte armée du monde, à puissance égale, sera celle qui sera commandée par le capitaine d’infanterie sorti premier de l’Ecole de Guerre, contre le Maréchal adversaire. […]

Louise [son épouse, Louise de Heredia] est guérie. »

 

Bon état, voir photos.