Loading...

Prosper MÉRIMÉE – Rare lettre adressée au comte Libri, exilé à Londres

Lettre autographe adressée au comte Libri – S.l., Dimanche 26 décembre 1852 – 3 pp. sur un double feuillet in-8, papier bleuté.

 

«…car je ne pense pas que vous daignez avoir un livre qui n’est pas du 16e siècle. »

 

 

Vendu

Prosper MÉRIMÉE (1803 – 1870) – Écrivain et historien

Lettre autographe adressée au comte Libri – S.l., Dimanche 26 décembre 1852 – 3 pp. sur un double feuillet in-8, papier bleuté.

Rare lettre au comte Libri, qui semble inédite

« Mon cher Monsieur,

J’ai confié mes bouquins à un jeune couple qui s’en allait à Londres, avec un mot pour vous où je vous priais de faire prendre les dits bouquins et d’en déposer deux je ne sais où. Le 3e est pour Madame L. car je ne pense pas que vous daignez avoir un livre qui n’est pas du 16e siècle. Tant il y a que j’ai peur que mes époux de huit jours n’aient fort mal fait ma commission. Ils demeurent Georges Hotel, Albemarle Street John Denham. Le Cte et la Ctesse de Nadaillac et ils doivent remettre les volumes à tout émissaire venant de votre part. Vous me feriez grand plaisir en m’écrivant si tout est arrivé à bon port. Mon banquier (il semble que ce pronom vaille un million) mon banquier, s’est chargé de toucher les 55 guinées de cet infortuné M. Bentley que je ne puis m’empêcher de plaindre et d’admirer. Veuillez me dire encore si la traduction de M. Scoble a paru. Les Russes ne sont pas contents de moi bien que j’aie ôté du paradis un de leurs saints. Mais ils en ont tant qu’ils peuvent en souffrir sans qu’on s’en aperçoive dans leur paradis. Je crois que le notre ne tardera pas à se peupler au train dont va notre Ste religion. Vous seriez touché et ravi d’entendre parler avec onction des choses divines plusieurs savants et autres que vous avez laissés mécréants, mais la grâce les a touchés. Ils font maigre ils ont leur chaire à St Thomas d’Aquin. J’attends avec impatience le moment où l’Académie des Sciences aura son aumônier. Personne ne doute ici de l’arrivée de N.S.P le pape pour le sacre. Vous savez ce que disent les écossais caro me, caro thee. Je voudrais bien savoir ce que dirait de tout cela quelque auteur froid et rageux comme était Nicolas Machiavel Je pense que son estime pour l’espèce humaine en serait notablement augmentée. Je ne comprends pas grand-chose à vos affaires de votre côté du détroit. Est-ce l’industrie ou l’aristocratie qui l’emportera ? Si c’est l’Industrie, aura-t-elle assez de toupet pour continuer à jouer un rôle dans la politique de l’Europe, ou bien se bornera -t-elle à fabriquer du calicot ? Si vous voyez clair dans ce problème embrouillé, prêtez-moi de grâce vos lunettes.

Adieu, mon cher Monsieur, je rêve voyages, peut-être parce que je suis plus retenu à Paris que jamais. La pluie, la boue et l’air humide que nous avons ici me rend horriblement mélancolique. Je vous souhaite ainsi qu’à Madame L. une bonne fin d’année en attendant la nouvelle. Veuillez me rappeler au souvenir de MM Holmes et Panizzi. Je me recommande toujours à vous pour savoir le destin de ces dessins religieux et moraux dont je vous ai parlé il y a quelques temps. »

 

Pour ses vols répétés de manuscrits et de livres rares dans les collections publiques en France, le comte Libri avait été condamné par contumace à Paris le 22 juillet 1850 à dix années de réclusion, à la dégradation nationale et à la perte de ses emplois publics. Prosper Mérimée, son ami et protecteur, contestera la décision de justice, mettant en cause la « chose jugée » dans un article qui paraît le 15 avril 1852, dans la Revue des deux Mondes. Pour cela, il sera poursuivi lui-même pour outrage public et condamné à son tour à une amende de 1.000 francs et à quinze jours de prison, peine qu’il purgera à la Conciergerie.

Le 28 février 1848, le comte Libri, rattrapé par ses malversations, s’était enfui à Londres, où il avait rejoint son compatriote Antonio Panizzi (1797-1879), conservateur des imprimés de la bibliothèque du British Museum. John Holmes (1800-1854), également cité dans cette lettre, proche collaborateur de Panizzi, avait publié en 1844 le catalogue des manuscrits, cartes et plans du British Museum. Depuis Londres, Libri avait poursuivi ses opérations de recel de manuscrits et livres précieux, qu’il avait expédiés sur place dès avant son exil.

Prosper Mérimée venait de publier Histoire de Russie, Les Faux Démétrius chez Michel Lévy ; l’année suivante, Andrew Scoble en fera une traduction, qui sera éditée par Richard Bentley.

Joint : billet autographe signé à un ami, qu’il sollicite pour « une demande de secours pour un pauvre diable qui meurt de faim et pour lequel je vous ai déjà sollicité, inutilement hélas ! » (Paris, 9 juillet 1846 – ½ p. sur un double feuillet in-8 à en-tête du ministère de l’Intérieur).

 

Bon état, voir photos.