Robert BRASILLACH livre ses impressions sur son procès
Lettre autographe signée Robert adressée à Yves Morault – Prison de Fresnes, 28 janvier 1945 – 2 pp. in-4 (21,8 x 17,4 cm), à l’encre violette sur papier quadrillé. Le document est relié dans un carnet placé sous étui.
« Non, c’est le Président. Il a eu le front de dire à Isorni : CA A ÉTÉ DUR D’ARRIVER AU RÉSULTAT ! Car les jurés, si abrutis de propagande soient-ils, sont des hommes. »
10 000€
1 en stock
1 en stock
Robert BRASILLACH (1909 – 1945) – Écrivain, journaliste et critique de cinéma
Lettre autographe signée Robert adressée à Yves Morault – Prison de Fresnes, 28 janvier 1945 – 2 pp. in-4 (21,8 x 17,4 cm), à l’encre violette sur papier quadrillé. Le document est relié dans un carnet placé sous étui.
Lettre extraordinaire, détaillant le déroulement de son procès, peu avant son exécution
« Cher Yves,
Je peux parfois te parler – à mon judas, j’entends Radio-France, et cela m’est bien agréable. Non que la solitude m’effraie, elle m’est au contraire plutôt douce après tant de mois de communauté. Et puis je lis, j’écris un peu, je ne m’ennuie pas. Comment m’ennuyer d’ailleurs ? – Je t’envoie quelques détails sur mon procès qui peuvent t’intéresser.
Le Président a été correct, il m’a bien laissé parler. J’ai terminé ainsi (d’après la sténo de l’audience) :
« Sans doute la Cour pourrait me demander si je regrette ce que j’ai écrit. Si je répondais que je regrette ce que j’ai écrit, vous penseriez tous que c’est pour sauver ma peau, et vous me mépriseriez à bon droit. Je vous dirai donc que j’ai pu me tromper sur des circonstances, sur des faits ou sur des personnes, mais je n’ai rien à regretter de l’intention qui m’a fait agir. Je sais qu’à l’heure qu’il est un certain nombre de français, et surtout un certain nombre de jeunes gens dans les camps, dans tous les clans, pensent à moi. Il y en a qui sont prisonniers en Allemagne, il y en a qui demain partiront mobilisés, il y en a qui sont déjà sur le front de Lorraine, je pense à un ou deux, je pense aussi à ceux qui sont morts. Et je sais que tous les jeunes gens savent que je ne leur ai jamais appris autre chose que l’amour de la vie, que la confiance devant la vie, que l’amour de mon propre pays, et cela je le sais tellement que je ne puis rien regretter de ce qui a été moi-même. »
Après trois réquisitoires très durs, essentiellement sur les attaques contre les communistes et contre Reynaud – Mandel, et la fameuse phrase « Nous avons tous plus ou moins couché avec l’Allemagne…» Plaidoirie très belle d’Isorni. Salle bouleversée, émue aux larmes à la fin. Délibération assez longue. J’avais cru, et Isorni aussi, à voir la tête immobile des jurés, que c’étaient eux qui avaient voulu la condamnation à mort. Non, c’est le Président. Il a eu le front de dire à Isorni : CA A ÉTÉ DUR D’ARRIVER AU RESULTAT ! Car les jurés, si abrutis de propagande soient-ils, sont des hommes. Ils ont été touchés et ébranlés. Il a fallu que le Président en mette un coup, selon son propre aveu, pour arriver à la condamnation à mort. Je n’avais pourtant pas été méchant pour lui, et je n’avais pas dit un mot sur la magistrature. Le verdict ne m’a pas surpris à cause de l’impression (fausse) que j’avais sur ces jurés immobiles à figure de bois. Je savais que ça se jouait sur une pointe d’aiguille. Je pensais seulement, est-il besoin de le dire, à la peine qu’auraient les miens, à ma mère en province, à ma sœur qui était dans la salle, que j’ai pu embrasser après, et qui était un modèle de courage. Comme tu sais, la salle a hurlé au verdict, le président s’est littéralement enfui. On a crié « assassin ! » et longtemps après, en passant le couloir souterrain, j’ai entendu crier beaucoup d’étudiants, d’amis inconnus. Et les fidèles naturellement, Madeleine, Maurice F. et d’autres.
La presse quotidienne n’a pas été trop méchante. Même la Jacob. Combat très bien. Tous naturellement, font un sort à ce que j’ai dit pour finir, à quelqu’un qui me criait : C’est une honte, et à qui j’ai répondu à haute voix : C’est plutôt un honneur. Depuis, on s’agite beaucoup. Pétition d’écrivains.On a lu au procès des lettres de Mauriac, Valery, Claudel, Marcel Aymé. Ils ont signé une pétition, avec d’autres gens. Colette – ô honte ! – refusait de signer [lorsque Maurice Goudeket avait été arrêté par la Gestapo en décembre 1941, Colette avait fait appel à Sacha Guitry, Robert Brasillach et Suzanne Abetz ; leur intervention avait permis sa libération en février 1942] , c’est Cocteau (étrange rencontre) qui l’a fait signer. On a télégraphié à Gide. On a télégraphié à Sartre, qui est au USA, parce que sa femme Simone de Beauvoir, était au procès, très émue, et a dit qu’il fallait demander son appui. Thierry Maulnier se remue beaucoup. Claude Roy avait refusé de venir témoigner pour moi sur un point assez intéressant (je n’avais aucun témoin) Marcel Aymé est allé voir Picasso et même Cachin, mais ils ont peur du Parti.
Le plus surprenant de mes appuis est Maurice Schuman, de sa radio de Londres !! Figure-toi que Maurice Bardèche et moi étions intervenus avec succès auprès d’Epting [Karl Epting (1905-1979), directeur de L’Institut allemand de Paris de 1940 à 1944] pour empêcher qu’on ne fusille un professeur communiste nommé Cavaillès, très important dans la Résistance. Ce que nous ignorions c’est que Cavaillès était fiancé à la sœur de Jean Effel. Et ce que nous ne pouvions savoir c’est que la sœur de Jean Effel serait la secrétaire de Schuman ou l’était déjà. Voilà pourquoi Schuman intervient auprès de de Gaulle ! Mais il prévient que le général ne me pardonnera pas d’avoir « couché avec l’Allemagne » s’il découvre cette phrase, et donc qu’on ne peut le faire changer d’opinion. Comme il paraît qu’il est consciencieux, et qu’il lit les dossiers, il trouvera trace de cette fornication, n’en doutons pas…
Voilà les dernières nouvelles. Je ne sais absolument rien du bruit que Benoist-Méchin répand, à savoir que Franco aurait demandé ma tête [contre ?] des pyrites. Je n’ai pas plus froid en bas qu’ailleurs. Je dors parfaitement bien et même mieux qu’avant. Je lis Chénier, Shakespeare et l’Evangile. On me traite en général avec égards. On me gave de nourriture. Je suis toujours en relation avec le monde extérieur. J’écoute avec joie parler à la fenêtre. Mes avocats viennent tous les jours. Quand j’ai raconté au tribunal l’arrestation de ma famille, j’ai dit que j’ai craint qu’on arrête ma sœur, qu’on ne mette ses enfants à l’Assistance et j’ai parlé de la mort du petit Serge Albertini. Cela a fait une très grosse impression. Trois jours après Madeleine Jacob a fait un article sur le petit Albertini sous le titre « Pas les innocents » [le fils du journaliste Georges Albertini et de son épouse, qui avaient été arrêtés pour collaborationnisme. L’enfant, âgé de 16 mois, avait été confié à l’Assistance publique, puis retrouvé mort. Madeleine Jacob avait fait paraître un article à ce sujet dans Le Franc-tireur du 21 janvier]. Je crois n’avoir plus rien à te dire. Je t’embrasse bien affectueusement. »
Le procès de Robert Brasillach s’était tenu le 19 janvier, pendant 6h, suivi d’une délibération de 20 minutes à l’issue de laquelle il fut condamné à mort. Il sera fusillé le 6 février, soit une dizaine de jours après cette lettre. Un pourvoi en cassation étant rejeté le 1er février, Brasillach rédige un recours en grâce, appuyé par une pétition de 55 intellectuels, parmi lesquels François Mauriac, Marcel Aymé, Thierry Maulnier et Jean Anouilh. Sa demande auprès de de Gaulle est également appuyée par Maurice Schumann, convaincu du rôle décisif de Brasillach dans la tentative de sauver Jean Cavaillès (1903-1944), un des principaux chefs de la Résistance, lors de sa première arrestation. La rencontre entre Me Isorni et Charles de Gaulle aboutit à un nouveau rejet, qui sera signifié par téléphone le 5 février, le lendemain la sentence est exécutée au fort de Montrouge.
Yves Morault, étudiant en médecine, est également incarcéré à la prison de Fresnes ; il était l’ami de « Berine » – surnom d’Henri Bardèche, frère de Maurice, ce dernier étant par ailleurs le beau-frère de Robert Brasillach.
Joint : l.a.s. (1 page in-8, Cellule 344. Fresnes – 8 novembre 1944) adressée au commissaire du gouvernement [Marcel Reboul] pour lui signifier qu’il adjoint à sa défense Maître Mireille Noël, qui en avait elle-même fait la demande. Elle participera à sa défense mais contribuera également à lui apporter des nouvelles régulières de l’extérieur et de sa famille. Avec Jacques Isorni, elle assista aux tout derniers moments de Robert Brasillach, qui leur confiera ses derniers écrits pour sa famille et ses amis.
Joint : fragments autographes collés sur un feuillet, probablement issus de son journal et rédigés peu avant son incarcération. Robert Brasillach évoque la soirée du 9 août 1944, où Jean Luchaire proposa à certains journalistes collaborationnistes de partir pour Baden-Baden. Il parle également de la tentative de suicide de Drieu la Rochelle, par empoisonnement le 11 août en notant : « C’est absurde, c’est fou, mais ce n’est pas sans noblesse. »
Papier usé, plis marqués, une tâche d’encre sur le second feuillet, voir photos
Les deux documents joints sont fixés par un onglet en marge gauche sur deux feuillets distincts.




