Mémoire d'encres - Lettre autographe signée adressée à Félécité de La Mennais

Victor HUGO – Belle lettre à Félicité de La Mennais aux lendemains de la révolution de juillet

Lettre autographe signée Victor H. adressée à Félicité de La Mennais – S.l., 7 septembre 1830 – 3 pp. in-4 ; adresse au verso : Monsieur l’abbé F. de la mennais.

 

 « Cette révolution de juillet, c’est la victoire du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel. »

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Victor HUGO (1802 – 1885) – Poète et dramaturge

Lettre autographe signée Victor H. adressée à Félicité de La Mennais – S.l., 7 septembre 1830 – 3 pp. in-4 ; adresse au verso : Monsieur l’abbé F. de la mennais.

Très belle lettre sur un idéal d’alliance de l’Église et de la liberté

« Je ne veux pas, mon cher et vénérable ami, que l’abbé Gerbet aille vers vous sans un mot de moi. Il y a bien longtemps que j’ai cessé de vous écrire, et je m’en veux beaucoup ; ce qui me réconcilie un peu avec moi-même, c’est que je n’ai jamais cessé de vous aimer. Il me semble même qu’en se taisant et en s’abstenant ainsi, cette amitié déjà vieille qui me lie à vous est revenue plus vive, plus profonde, et s’est accrue en se concentrant. Personne, vous le savez, ne contemple avec plus de joie et de bonheur que moi la beauté de votre âme et de votre génie. Voici votre mission qui s’agrandit. Je vous bats des mains. Votre voie se rétrécissait de jour en jour, étouffée qu’elle était dans le misérable gallicanisme des vieilles sacristies et les folles vanités d’un clergé de cour et de places. Notre belle révolution d’ordre et de liberté a jeté bas tout ce qui obstruait votre chemin. Maintenant allez ! Il y a place et large place, il y a route et large route pour vous, pour votre libre catholicisme, pour vos saines réformes, pour votre alliance de l’Eglise et de la liberté dans l’avenir. Toute la jeune nation vous aime, vous admire, et sympathise avec vous. Mettez-vous à la tête d’un catholicisme libéral, et tous vous suivront…Tout ce qui se fait maintenant est beau, parce que c’est le triomphe de l’intelligence sur la force. Cette révolution de juillet, c’est la victoire du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel. Or, ce pouvoir spirituel dont la direction appartient à l’Église, elle l’avait follement lâché pour prendre du pouvoir temporel. De là ses fautes, de là sa chute. Vous, mon ami, vous êtes resté grand, vous êtes resté prêtre. Vous n’avez rien voulu de la puissance politique, vous avez gardé, pure et sans alliage, la puissance de votre génie. Aujourd’hui, vous allez user, comme prêtre, de cette belle part de pouvoir, de pouvoir spirituel, que vous avez conquise comme écrivain. Vous pouvez tout. Au temps où nous vivons, le génie est une papauté. Vous allez nous arriver bientôt, n’est-ce pas ? Ma femme qui vient d’accoucher de son quatrième enfant, se rappelle à votre bon souvenir et se recommande à vos prières [Adèle était née le 24 août]. »

Après la publication des Progrès de la révolution et de la guerre contre l’Église (1829) et à la suite de la révolution de juillet, l’abbé Félicité de La Mennais (1782-1854) avait fondé avec Montalembert et Lacordaire le journal L’Avenir, dont la devise était « Dieu et la liberté ». Défenseurs de la liberté de l’enseignement et de la séparation de l’Église et de l’État, ils réclament la liberté de conscience, de presse et de religion et fonderont également la même année l’Agence générale pour la défense de la liberté religieuse et créeront une école libre et gratuite à Paris (1831).

Légères rousseurs, déchirure au cachet due à l’ouverture, sans atteinte au texte, ancienne trace d’onglet au verso du second feuillet, voir photos.