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Victor HUGO – Intéressante lettre adressée à Jules Janin (1864)

Lettre autographe signée Victor Hugo adressée à Jules Janin – Hauteville House, 22 avril [1864], datée du 22 mai dans la correspondance – 1 page sur un double feuillet in-8, papier bleuté, nom du destinataire sur le second feuillet.

 

« oui, mon éloquent confrère, j’aime la louange, à la condition qu’elle soit élégante, noble et haute… »

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Victor HUGO (1802 – 1885) – Poète et dramaturge

Lettre autographe signée Victor Hugo adressée à Jules JaninHauteville House, 22 avril [1864], datée du 22 mai dans la correspondance – 1 page sur un double feuillet in-8, papier bleuté, nom du destinataire sur le second feuillet.

Sur la candidature de Jules Janin à l’Académie et le soutien embarrassant de Victor Hugo

« Oui, mon glorieux et cher compagnon de travail en ce grand dix-neuvième siècle, oui, mon éloquent confrère, j’aime la louange, à la condition qu’elle soit élégante, noble et haute, à la condition qu’elle ait toutes les grâces et aussi les fiertés du style, à la condition qu’elle vienne d’une conscience sereine et d’un cœur vaillant, à la condition qu’elle soit magistrale et douce, à la condition qu’elle soit signée Jules Janin. De mon côté, je tâche de n’en pas être indigne, quand vous passez dans mon ombre, mes branches saluent ; je suis la forêt et vous êtes le consul. Tuus »

Sur le soutien de Victor Hugo à Jules Janin : Dans une lettre du 2 mai, Hugo s’était adressé à Auguste Vacquerie, le missionnant pour être son porte-parole : « Cher Auguste, lisez cette lettre adressée à Janin, et envoyez-la si vous pensez qu’il la prendra comme je l’écris, c’est-à-dire de tout cœur.
Je sens l’embarras où le jettent des pauvres passions envieuses de l’Académie, et je voudrais le mettre à l’aise de mon coté du moins. Je lui demande donc de ne plus parler de moi. Si vous êtes d’avis qu’il pénétrera bien ce qu’il y a d’affectueux et de cordial dans ma pensée, transmettez-lui ma lettre, sinon brulez-la. Ici comme en toute chose, je trouverai bon ce que votre exquis jugement aura décidé. Je vous dis comme Cicéron à Atticus : rectius me mea vides [tu mes vois plus distinctement]… ». La lettre en question, dont on a perdu la trace, a effectivement été remise à Jules Janin.

Les élections du 14 avril se soldant par un nouvel échec, Jules Janin écrit à Hugo une nouvelle lettre, datée du 19 mai, qui semble répondre à la missive qui lui a été remise par Vacquerie : « Non ! non ! cette fois je ne saurais obéir à mon maître et seigneur ! Depuis que l’exil le pousse brutalement et le jette là-bas dans les bruits d’un océan peu pacifique, un seul jour ne s’est point passé sans que son nom paisible et glorieux se soit rencontré sous ma plume fidèle […] Donc, qu’il vous plaise ou non, je ne cesserai point ma louange ; et ne fût-elle pas une consolation pour vous, elle est un remords pour tant d’autres qu’il y aurait injustice à priver les honnêtes gens de cette consolation. Quant aux cruautés de messieurs de l’Académie, ils sont dans leur droit, lorsqu’ils me rejettent ; c’est moi qui suis un malheureux d’avoir sollicité des suffrages que ces Richelieu ne pouvaient pas me donner. […] »

 

Sur la datation : La correspondance établie par Clément Janin fait référence à notre lettre et la situe par souci de cohérence au 22 mai, en réponse à celle du 19 mai, bien que datée du 22 avril. Sauf à admettre qu’Hugo a commis une erreur de date, et qu’une lettre voyage en 48 heures entre Passy et Guernesey en 1864, il pourrait donc tout aussi bien s’agir d’une réaction de Victor Hugo à un projet d’article de Jules Janin, non publié, faisant l’éloge de son William Shakespeare. Le 23 avril était en effet prévu un banquet célébrant le tricentenaire de la naissance du poète anglais, mais la polémique autour de la présidence du comité d’organisation par Victor Hugo, représenté vu les circonstances par une chaise vide, enfla rapidement. Elle fut telle que l’événement sera finalement interdit par décret impérial.

 

Sur Jules Janin, candidat malheureux à l’Académie : Jules Janin s’était présenté une première fois à l’Académie en avril 1863 au fauteuil du duc de Pasquier, sans succès, battu au second tour par l’avocat Jules Dufaure. Il fait une nouvelle tentative le 14 avril 1864, au fauteuil d’Alfred de Vigny, mais après 11 tours de scrutin, comme aucune majorité ne se dégage, l’élection est reportée à l’année suivante ; le fauteuil de J.J Ampère décédé en mars se trouve alors également vacant. Mais rien n’y fait, Janin essuie un nouvel échec et ne sera finalement élu qu’en 1870, au fauteuil de Sainte-Beuve.

 

Marges irrégulières, traces d’usure, voir photos.