Alexandre DUMAS et la lutte contre le brigandage dans la région de Sorrente
Deux manuscrits autographes signés titrés « Nouvelles des Brigands de Sorrente », pour le premier – [Naples, 1864] – 2 pp. ½ in-4 (26,7 x 21,7 cm) et 2 pp. in-8 obl., sur papier bleu et « Un dernier mot sur les brigands de Castelmare », pour le second – [Naples, 1864] – 2 pp. ½ in-4 (mêmes dimensions).
« Noi siamo troppo onesti per mentire e profitare » de ce que nous n’avons pas reçu.
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Alexandre DUMAS (1802 – 1870) – Écrivain
Deux manuscrits autographes signés titrés « Nouvelles des Brigands de Sorrente », pour le premier – [Naples, 1864] – 2 pp. ½ in-4 (26,7 x 21,7 cm) et 2 pp. in-8 obl., sur papier bleu et « Un dernier mot sur les brigands de Castellamare », pour le second – [Naples, 1864] – 2 pp. ½ in-4 (mêmes dimensions).
Deux articles relatifs à un enlèvement par des brigands de Sorrente
Le premier article est paru dans le journal napolitain fondé par Alexandre Dumas, L’Indipendente n° 220 du 2 octobre 1863, sous le titre « Notizie de Briganti di Sorrento » et le second dans l’édition du 10 octobre 1863, n° 227, sous le titre « Un ultima Parola su Briganti di Castellamare ». Il y est question d’un groupe de voyageurs étrangers fait prisonniers par des brigands de Sorrente, puis entraînés jusqu’à Castellamare, pour lesquels ils demandent ensuite rançon à leurs parents, l’un d’entre eux serait le fils du peintre Goetzloff (mal orthographié « Kerstoff »).
1/
« Un des prisonniers est arrivé hier soir mercredi à Sorrente, renvoyé par les brigands – il les avait quittés vers midi ; il a pu donner les nouvelles suivantes :
Son récit commence au moment où finit le notre, c’est-à-dire au départ de Francesco Sorrentino.
Francesco Sorrentino : quand l’ordre fut donné aux prisonniers de continuer leur chemin on se remit en route sans suivre de lignes droites mais au contraire en faisant toutes sortes de tours pour dépister ceux qui tenteraient de poursuivre les brigands. On arriva ainsi à la cime de la montagne et à l’endroit que l’on appelle St Michel. Là, on se reposa une demi heure en laissant derrière soi une arrière garde et en posant des sentinelles sur les points les plus élevés.
Tout à coup, le cri, la force retentit, c’était l’avant-garde des Bersaglieri qui commençait à paraître. Ces braves chasseurs d’hommes s’étaient mis sur la piste des brigands et courbés sur leurs traces , ils les avaient rejoints. Les brigands se sépareront en deux bandes, sept d’entre eux resteront à la garde des prisonniers qui à ce moment n’étaient plus que quatorze, on les fit descendre rapidement la pente d’un petit vallon et on les força de se coucher ventre à terre dans un bois.
Les coups de fusils retentirent alors à un mille à peu près de distance. Les prisonniers en levant la tête pouvaient voir le combat mais cachés comme ils l’étaient ils ne pouvaient être vus. Le combat dura de neuf heures et demi du matin jusqu’à une heure de l’après-midi.
à deux heures de l’après-midi le feu cessa mais on ne revit pas les brigands ce jour là. Les prisonniers reçurent un peu de pain pour leur nourriture mais ce ne fut que vers cinq heures du soir que l’on découvrit de l’eau et qu’ils purent boire.
A cinq heures du soir après s’être raffraîchis, les prisonniers se remirent en route et l’on marcha deux heures environ. On fit halte dans une forêt et l’on coucha en plein air. A l’aube, on fit lever les prisonniers et l’on se rapprocha de Castellamare. On en était à deux ou trois heures à peu près. Vers deux heures de l’après-midi, les bandits qui s’étaient battus rejoignirent leurs compagnons, les prisonniers s’aperçurent alors que six d’entre eux manquaient. En effet en passant à Castellamare nous apprîmes que deux brigands avaient été tués, quatre blessés. Par bonheur du côté de nos braves soldats, on n’a aucune perte à déplorer, je me suis informé sur toutes les casernes de la route afin de pouvoir ajouter cette bonne nouvelle à mon récit.
Les brigands réunis tinrent conseil. On décida de renvoyer trois des prisonniers, ceux que l’on jugeait les plus pauvres. Ils devaient porter des lettres aux parents, ces lettres fixaient les rançons.
Alors trois prisonniers reçurent l’ordre d’écrire à leurs parents et ces trois lettres écrites furent remises toutes trois à un commandant de Barque Dupiano de Sorrente. Elles étaient adressées l’une à un Capitaine de Meta, l’autre qui était d’un colon nommé Antonio Calano était adressée à sa famille , enfin la troisième du fils de M Karsloff était adressée à son père. Les trois personnes relâchées par les bandits furent ? qui habite Castellamare, le commandant de Barque que nous avons déjà cité. Domenico Creolano que nous avons fait venir à Chatel Sispoli jeudi matin et de qui nous tenons ces détails. Il était arrivé la veille à sept heures du soir. Les brigands avaient guidés les trois messagers pendant plus de deux milles puis ils les avaient laissés suivre seuls leurs routes.
A M Karsloff on demandait 2.000 ducats de rançon pour son fils . Pour le capitaine de Meta, mille ducats et pour le lieutenant de la garde Nationale de Castellamare Mille.
Il va sans dire que les menaces les plus terribles sont faites aux parents en cas de non paiement. »
2/
« Nous avons raconté dans tous les détails l’histoire des brigands de Castellamare et nous avons ete accusés a propos de cette histoire de trop dire la vérité.
Encore une vérité pour faire déborder le vase et pour prouver que les pires brigands, les plus lâches, les plus immoraux ne sont pas toujours ceux de la montagne. Nous avons dit qu’au nombre des prisonniers était le fils du peintre prussien Goetzloff nous avions mal écrit le nom seulement mais on comprend qu un nom prussien n est pas un paysan sorrentin et n’est point facile à écrire. Nous avons dit qu’un messager avait été ennuyé par les brigands avec des lettres de rançon et que la rançon exigée par les brigands pour le fils de M. Goetzloff se montait à deux mille ducats ; nous nous trompions : elle se montait à 3.000, comme l’indique la pièce que nous citerons en son lieu et place.
M. Goetzloff, accouru à Naples se procura les trois mille ducats demandés et les confia à l’homme qui devait les porter aux brigands. Trouvant sans doute la somme trop lourde pour la longue course qu’il avait à faire, le messager laissa mille ducats chez lui et n’en porta que deux mille aux brigands. Après une discussion assez vive entre eux , le messager et les brigands se contentèrent de cette somme et relâchèrent M Goetzloff qui rentra chez son père avec le messager. mais les brigands ayant su depuis que l’honnête intermédiaire avait gardé mille ducats pour lui, ils écrivirent la lettre suivante à M Goetzloff, c’est celle que nous avons promise :
« Noi siamo troppo onesti per mentire e profitare » de ce que nous n’avons pas reçu. Nous avons touché la somme de deux mille ducats seulement de la part de M Goetzloff et nous prions l’autorité compétente de punir le malfaiteur qui a abusé de la bonne foi de M Goetzloff et de la nôtre. Sur la demande du conseil prussien , le messager a été immédiatement arrêté. Que dîtes-vous de l’anecdote et quel est le plus voleur à votre avis, cher lecteur, du voleur de la montagne et du voleur de la ville ?
Nous écrivons à Sorrente pour savoir le nom du messager – une initiale n’est pas assez et un pareil nom mérite d’être écrit en toutes lettres dans les colonnes de l’Indipendante ».
Alexandre Dumas et Giuseppe Garibaldi s’étaient rencontrés à Milan, en janvier 1860, cette rencontre allait être décisive. L’écrivain devint l’historiographe attitré du général et, dès le mois de mai, Dumas interrompt son voyage en Méditerranée, à bord de son yacht l’Emma pour rejoindre l’Expédition des Mille de Garibaldi, contre le royaume des Deux-Siciles. L’écrivain rejoint les troupes des garibaldiens et suit la campagne de Sicile, il en tirera son ouvrage Les Garibaldiens, révolutions de Sicile et de Naples (1861). Dumas s’impliquera également sur un plan matériel et apporte à l’expédition un soutien financier. En retour, Garibaldi lui accorde une totale confiance, lui permet d’accéder à ses documents personnels et l’installe dans le palais de Chiatamone de Naples. L’Independente, crée par Dumas à l’instigation de Garibaldi qui en choisit le nom, naît du lien unissant les deux hommes et de leur collaboration politique – le premier numéro sort le 11 octobre 1860. Au-delà d’un journal de propagande, Garibaldi voyait dans cet organe de presse, un journal engagé mais véritablement autonome.
Quelques marques d’usure, voir photos.


