Alfred BRUNEAU – Projets de lettres destinées à Gabriel Fauré (1916)
Trois brouillons autographes de lettre, dont deux destinées à Gabriel Fauré – S.l.n.d. [1916] – 2 pp. sur deux feuillets séparés in-8.
« Une lutte – même simplement électorale – avec un ami tel que lui m’eut été insupportable. »
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Alfred BRUNEAU (1857 – 1934) – Compositeur et chef d’orchestre
Trois brouillons autographes de lettre, dont deux destinées à Gabriel Fauré – S.l.n.d. [1916] – 2 pp. sur deux feuillets séparés in-8.
Concernant probablement l’élection du 10 mai 1916 au sein de la Société des Auteurs et Compositeurs, dont Alfred Bruneau est commissaire.
Maurice Donnay prendra finalement la présidence de l’institution, en remplacement de Romain Coolus, président sortant. Depuis 1905, Gabriel Fauré dirige quant à lui le Conservatoire et la Société de Musique Indépendante et deviendra l’année suivante, en avril 1917, le président de la Société Nationale de Musique, malgré une tentative avortée de fusionner les deux organisations (SNM et SMI).
À Gabriel Fauré :
1 – « Cher et grand ami. Votre lettre m’arrive aujourd’hui à Villers où je suis depuis mardi. Elle me bouleverse absolument. En posant ma candidature la semaine dernière, j’étais loin de penser qu’il pouvait entrer dans vos intentions de poser la votre. J’avais causé de cette question-là avec vous l’an dernier et votre réponse me laissa une impression très nette à ce sujet. Je n’ai pas besoin de vous dire que si j’avais eu même le moindre doute, j’aurais refusé les propositions de mes amis. Ce qui m’a décidé à prendre à leur égard l’engagement que j’ai pris, c’est que l’un d’eux qui, dans l’état des choses d’alors, était sûr de passer, a renoncé à se présenter pour que je me présente moi-même, et c’est ce qui augmente tant mon trouble à présent. Si encore je rentrais à Paris demain ou après-demain ! Mais je vais rester ici une dizaine de jours, en proie au plus violent et cruel combat de conscience de ma vie. Plaignez-moi, cher grand ami et croyez à mon inaltérable affection. »
2 – « Cher et grand ami. Vous m’avez devancé. Ma candidature a été posée de façon si particulière, ayant été substitutive à une autre que je n’ai pas cru pouvoir la retirer sans en parler à ceux qui m’avaient demandé de me présenter. Je leur ai écrit. Ils ne m’ont pas encore répondu. Mais votre lettre me décide à ne point attendre et, dès aujourd’hui, je ne suis plus candidat. Je vous prie de poser de nouveau votre candidature. J’y insiste du fond du cœur et j’exprime ce désir au président en l’informant de ma résolution. Il le faut pour que notre société ait un reflet de votre gloire. Une lutte-même simplement électorale avec un ami tel que vous m’eut été insupportable. Comme je suis content que tout cela soit fini et comme je suis heureux de vous embrasser. Mes meilleurs affections, cher ami. »
À Romain Coolus :
« Mon cher Président,
Gabriel Fauré m’écrit qu’il a retiré sa candidature. Je vous devance aussi, car je viens vous dire et vous prier d’informer la commission que je ne suis plus candidat. Une lutte – même simplement électorale – avec un ami tel que lui m’eut été insupportable. Mon absence, qui a commencé le 18 avril et qui se prolongera jusqu’à la fin du mois, m’a empêché de prendre plus tôt la résolution que je vous fais connaître. Mais il faut que cet illustre ami pose de nouveau sa candidature. Il le faut pour que notre société ait un reflet de sa gloire. Je le lui demande dans une lettre pressante. Vous savez que je ne me serais jamais présenté si je n’avais eu la certitude qu’il ne se présenterait pas. Je compte bien que tout va s’arranger et je vous assure, mon cher Président, de mes affectueux sentiments. »
Bon état, voir photos.

