Alphonse de LAMARTINE et le discours de Mâcon de 1843
Lettre autographe signée adressée à « Monsieur le rédacteur du Courrier français » – [Saint-Point, c.10 juin 1843] – 2 pp. ½ sur double feuillet in-8, papier vélin.
« C’est la calomnie de ceux qui veulent nous mettre en dehors de la Politique sérieuse lorsque leur politique et leur opposition à eux n’est qu’un combat au fleuret où ils se font les plastrons des gouvernements. »
750€
Alphonse de LAMARTINE (1790 – 1869) – Poète, romancier et homme politique
Lettre autographe signée adressée à « Monsieur le rédacteur du Courrier français » – [Saint-Point, c.10 juin 1843] – 2 pp. ½ sur double feuillet in-8, papier vélin.
Très belle lettre politique, aux lendemains du discours de Mâcon
« Monsieur,
Permettez-moi de vous faire parvenir par mon jeune ami [M. de Branz ?] un seul mot qui vous dise combien j’ai été reconnaissant de l’insertion de mes paroles au banquet de Mâcon, en publiant ces lignes si obligeantes et si intelligentes dont vous les avez admirablement encadrées. .
J’aurai bien rarement désormais l’occasion de vous demander ces possibles complaisances, car le silence se fait pour longtemps autour de moi, mais vous qui avez la parole tous les jours soyez assez bon pour soutenir un peu ceux qui combattent comme ils peuvent et où ils peuvent pour la même cause et pour affirmer que je ne suis rien moins qu’un radical. C’est la calomnie de ceux qui veulent nous mettre en dehors de la Politique sérieuse lorsque leur politique et leur opposition à eux n’est qu’un combat au fleuret où ils se font les plastrons des gouvernements. Ce n’est ni la position de votre excellent journal ni celle des journaux et des hommes qui veulent comme vous et moi que l’opposition soit une idée et que cette idée devienne un gouvernement.
Recevez Monsieur, avec mes bien vifs remerciements, l’assurance de mes sentiments les plus distingués. »
Le discours de Mâcon tenu par Lamartine le 4 juin – datée par erreur typographique du 7 – avait suscité des réactions très négatives de la part de la presse conservatrice. Le Journal des Débats politiques et littéraires, soutien de Louis-Philippe et du gouvernement Guizot, s’en était pris à Lamartine, l’accusant de pousser les masses à l’insurrection – « Le temps des masses approche » affirme-t-il dans son discours – ou tentant de le discréditer en le présentant comme un rêveur idéaliste, méconnaissant la réalité de la gestion d’État, voire un ambitieux opportuniste et revanchard, déçu de ne pouvoir participer au gouvernement Guizot. Lamartine anticipe ainsi « le silence qui se fait pour longtemps autour de [lui] ».
Le Courrier français avait retranscrit intégralement le discours et expliqué que sa position était toute autre : celle d’un réformateur avisé et pacifique, proposant une vision intelligente, sans radicalité, et soucieuse de moderniser la monarchie afin de la préserver. La rédaction du journal se composait alors notamment de François Ducuing (1817-1875), en charge des éditoriaux et des articles politiques. Homme de la gauche modéré et réformiste, il avait loué le courage de Lamartine lorsque celui-ci appelait à une révision du vote censitaire, qu’il jugeait à bout de souffle.
Bon état, voir photos.




