Alphonse de LAMARTINE – Très belle lettre à la princesse Aldobrandini Borghèse
Lettre autographe signée adressée à la princesse Adèle Aldobrandini-Borghèse – Florence, 19 mars 1828 – 4 pp. in-4, papier vergé.
« …je suis complètement dégoûté de poésie et de public. Je ne fais rien et surtout je n’imprime rien ».
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Alphonse de LAMARTINE (1790 – 1869) – Poète, romancier et homme politique
Lettre autographe signée adressée à la princesse Adèle Aldobrandini-Borghèse – Florence, 19 mars 1828 – 4 pp. in-4, papier vergé.
Très belle lettre de son séjour à Florence, alors qu’il est en poste à l’ambassade de France
« J’ai reçu Princesse les deux lettres que m’ont apportées Mr de Tourzel [Olivier du Bouchet, duc de Tourzel (1804-1845), petit-fils de la duchesse Louise-Élisabeth de Croÿ de Tourzel, qui fut la dernière gouvernante des enfants de Louis XVI et de Marie-Antoinette] et Mr l’abbé Dumarsais [Paul Dumarsais (1795-1857)], mon ancien condisciple. Tout ce qui m’apportera un mot et un souvenir de vous sera reçu avec un empressement bien réel et bien cordial. Ces messieurs sont encore ici et je tâche de leur rendre en votre honneur le séjour de Florence agréable. Mais ils sont pour cela en meilleures mains que les miennes dans celles du Prince Camille Borghèse.
Il n’y a pas de jour où nous ne parlons ici de vous ; où ne fassions des vœux pour votre retour en septembre.. L’espérance de vous y voir souvent est un des plus forts liens qui nous attache à Florence ; Vous savez que nous y avons acheté une petite villa moitié campagne moitié ville pour y revenir de temps en temps passer les hivers autrement qu’à l’auberge. Nous sommes à peu près dans la même situation que vous regardant Fiesole et touchant aux boulevards. Ma femme s’amuse à planter un petit jardin et moi à acheter quelques tableaux inconnus auxquels j’impose de grands soins. Nous sommes toujours traités avec une bonté ineffable par le grand duc et les charmantes princesses, nous voyons une multitude de français voyageurs parmi lesquels il y en a que nous regrettons de voir seulement passer ; nous sommes restés liés avec les excellents Boutourlin et nous n’avons pas formé d’autres liaisons intimes à Florence tel que vous l’aviez laissé occupé de petites choses et de plaisirs sans cesse renaissants. Quant à vous c’est différent : vous avez fait bien du chemin en deux ans et surtout en deux mois : les nouvelles de France sont notre unique entretien. Il ne me semble pas possible que vous rentriez dans ou sans le repos politique d’ici à un ou deux ans : les éléments d’une administration solide et durable ne sont pas rassemblés et unis. Je m’attends à chaque courrier à une nouvelle combinaison des partis dans les chambres qui ne sera pas la dernière encore. Tout ceci doit bien corrompre les douceurs de la société autour de vous et vous consoler de revenir un peu à Florence.
Nous n’avons aucune nouvelle des projets de Mr de Vitrolles [le baron de Vitrolles (1774-1854) est alors ambassadeur de France en Italie]. Nous ne savons s’il viendra au printemps ou en hiver. Dans cette incertitude nous ne faisons aucun plan pour nous-même : mais nous serions enchantés que l’interrègne durât éternellement.
Ne croyez pas ceux qui vous ont dit que je faisais imprimer un volume par qui que ce soit : je n’y pense pas le moins du monde. je suis complètement dégoûté de poésie et de public. Je ne fais rien et surtout je n’imprime rien.
Peut-être que votre retour et la bonté avec laquelle vous écoutez mes vers ranimeront ma verve endormie.
Adieu Princesse pour aujourd’hui. Croyez à mes respects et à des sentiments inaltérables et souvenez-vous de nous ».
La princesse Adèle Aldobrandini Borghèse (1812-1893), née Adèle de la Rochefoucauld avait épousé le prince Francesco Aldobrandini Borghèse, dont le frère, Camille Borghèse avait épousé Pauline Bonaparte en 1803. ; le beau-frère de la princesse est donc le beau-frère de Napoléon Ier.
Alphonse de Lamartine, alors chargé d’affaires auprès de l’ambassadeur de France à Florence (1825-1829), va dédier à la princesse l’Hymne du soir dans les Temples, dans les Harmonies poétiques et religieuses (1830).
Très légères rousseurs, voir photos.