Mémoire d'encres - Lettre autographe signée d'Anton Bruckner

Anton BRUCKNER, à propos d’une idylle et d’un mariage (1890)

Lettre autographe signée Bruckner adressée à son ami Franz Xaver Bayer – Vienne, 21 juin 1890 – 2 pp. sur un double feuillet in-8 de papier vergé, en allemand.

 

Est-ce que votre demoiselle chanteuse a déjà épousé le maître boulanger ?

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Anton BRUCKNER (1824 – 1896) – Compositeur et organiste

Lettre autographe signée Bruckner adressée à son ami Franz Xaver BayerVienne, 21 juin 1890 – 2 pp. sur un double feuillet in-8 de papier vergé, en allemand.

Rare lettre évoquant une intrigue amoureuse et un mariage prestigieux

« H[err] Stiftsorganist Gruber schrieb mir unlängst folgendes : « H[err] Chorregent Bayer in Steyr wird Ihnen ehestens eine freudige – Mittheilung (in gewisser Herzensangelegenheit ) machen ». Auch ein Geistlicher vom Stifte St. Florian schrieb mir auf dieses anspielend. Ich ersuche höflichst um Aufklärung, denn ich kann mir gar nicht denken, was das heißen mag. In Florian genirt es mich sehr ; bitte künftig nichts mehr von mir zu sprechen. Hat Ihre Fr[äu]l[ein] Sängerin den Bäckereimeister schon geheiratet ? […] Am 31. Juli muß ich in Ischl bei der h. Hochzeit die Orgel spielen. So der Wunsch von oben. »

Traduction : Gruber [Joseph Gruber (1855-1933), son élève, qui occupait le poste de son ancien professeur au monastère de St Florian depuis 1878], organiste de l’abbaye, m’a récemment écrit ce qui suit : « M. Bayer, régent de chœur à Steyr, vous fera prochainement une heureuse communication (concernant une certaine affaire de cœur) ». Un ecclésiastique de l’abbaye de St. Florian m’a également écrit à ce sujet. Je demande des explications de la façon la plus courtoise, car il m’est impossible d’imaginer ce que cela peut bien vouloir dire. À Florian, je ressens une certaine gêne ; je vous prie de ne plus parler de moi à l’avenir. Est-ce que votre demoiselle chanteuse a déjà épousé le maître boulanger ? […] Le 31 juillet, je dois jouer de l’orgue à Ischl à l’occasion du grand mariage. C’est ce que l’on souhaite en haut lieu.

Depuis 1888, Franz Xaver Bayer (1862-1921) est organiste à Steyr, où il dirige également la chorale de l’église. Bruckner, qui est son ami, s’était amouraché d’une des choristes, Marie Payrleithner (1872-1955), la « demoiselle chanteuse » évoquée dans cette lettre. L’attrait que la jeune choriste suscitait chez Bruckner n’était pas passé inaperçu et les chanoines de St Florian le taquinaient régulièrement à ce sujet. Le compositeur questionne donc ici, manifestant son intérêt mais redoutant la réponse, sur la réalité d’une rumeur de mariage. Les fiançailles de la jeune choriste auront bien lieu le 4 juillet 1890, ce que Bayer ne pouvait ignorer. Mais Marie Payrleithner n’épousera finalement pas le Maître boulanger et lui préfèrera le Docteur Maier, chirurgien-dentiste, avec qui elle aura 4 enfants. Dans son agenda, Bruckner note au 11 septembre 1890 que Marie a fait le voyage à Christkindl pour son 66e anniversaire.

Le compositeur conçut à plusieurs reprises le projet de se marier, jusque très tard, mais différents obstacles l’en empêchèrent à chaque idylle, et s’il fut souvent amoureux, il ne se maria jamais.

Le 31 juillet 1890 à Bad-Ischl, comme annoncé, Bruckner allait tenir l’orgue au mariage de l’archiduchesse Marie-Valérie d’Autriche, sur l’insistance de cette dernière, qui appréciait autant l’homme que sa musique. Anton Bruckner y joua des variations sur des airs populaires de Joseph Haydn et l’Alléluia de Haendel. Rappelons que Marie Valérie d’Autriche, princesse de Hongrie et de Bohême épousait ce jour-là son cousin, l’archiduc François-Salvator de Habsbourg-Toscane, et qu’elle est la fille d’Elisabeth de Wittelsbach, plus connue sous le surnom de « Sissi ».

 

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