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Antonio CANOVA donne ses instructions pour la gestion de son domaine viticole

Lettre autographe signée adressée à son cousin Giovanni Battista Manera, à Asolo – Rome, 22 septembre 1804 – 1 page in-4 sur papier bleuté, en italien ; adresse au verso.

 

En effet, rien ne m’irrite autant que les chicaneries et les ombres sans substance, qui, en fin de compte, ne sont rien d’autre que des futilités.

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Antonio CANOVA (1757 – 1822) – Sculpteur et peintre

Lettre autographe signée adressée à son cousin Giovanni Battista Manera, à Asolo – Rome, 22 septembre 1804 – 1 page in-4 sur papier bleuté, en italien ; adresse au verso.

Ses directives comme producteur d‘Asolo Prosecco

« Cugino Carissimo              il 22 settembre 1804 Roma

Riguardo all’affare del Rinaldi regolatevi come più opportuno e comodo vi pare. Poiché veramente mi sembrano giuste e ragionevoli le vostre riflessioni : e ben lungi dal trovarle superflue, le ho anzi sommamente gradite. Come gradirò sempre ogni qual volta mi direte schiettamente e senza riguardi tutto l’animo vostro. Sopra l’articolo poi delle affare non ne parleremo più ; perché io sono persuasissimo che voi le avrete mandate al diavolo a quest’ora come ho per costume di fare ancor io. Anzi niente tanto mi urta quanto i puntigli e le ombre senza corpo, che in fin dei conti non sono altro che fanfaluche. Il fratello vi scriverà sotto due righe anche per se stesso. Intanto io vi dirò, che avete fatto bene di mandar via il colono di S. Giustina ; ma vi prevengo, che prima di sostituirvi alcun altro, parliate con Nanne ; peché deve avere delle mie istruzioni su questo particolare. Converrete fra voi altri due quel que sarà il meglio. Bravo, Titta, il vostro vino è il migliore di codesti contorni : Io sono impazientissimo di asseggiarlo, e verificare il commune elogio che si se ne fa.

Adesso scrive l’abate. La cominciamo male, caro Titta. Voi mi volete dare del Lei, ed io appena appena me la sento di darvi del voi. Certamente fra amici, come noi siamo, quest’etichette sono sacrileghe. Io sono il primo a somministrarvi l’esempio di cordialità e intrinsichezza.

addio addio

Vostro aff. Cugino. »

 

Traduction : Très cher Cousin,

En ce qui concerne l’affaire Rinaldi, agissez comme cela vous semble le plus opportun et le plus pratique. Car vos réflexions me paraissent véritablement justes et raisonnables : et loin de les trouver superflues, je les ai au contraire particulièrement appréciées. Comme je les apprécierai toujours chaque fois que vous me direz franchement et sans détours tout ce que vous avez sur le cœur.

Quant à la question des affaires, nous n’en parlerons plus, car je suis tout à fait persuadé que vous les aurez déjà envoyées au diable à l’heure qu’il est, comme j’ai moi-même coutume de le faire. En effet, rien ne m’irrite autant que les chicaneries et les ombres sans substance, qui, en fin de compte, ne sont rien d’autre que des futilités. Mon frère vous écrira également quelques lignes en son nom propre. En attendant, je vous dirai que vous avez bien fait de renvoyer le métayer de S. Giustina ; mais je vous préviens que, avant d’en engager un autre, vous devriez parler à Nanne, car il doit avoir reçu mes instructions à ce sujet. Vous conviendrez entre vous deux de ce qui sera le mieux. Bravo, Tita, votre vin est le meilleur de ces environs ; je suis très impatient de le déguster, et de vérifier l’éloge général qu’on en fait.

C’est à présent l’abbé qui écrit. Nous commençons mal cher Tita. Vous voulez m’appeler « Monsieur », et j’ai à peine le courage de vous vouvoyer. Certes, entre amis, comme nous le sommes, ces formules de politesse sont sacrilèges. Je suis le premier à vous donner l’exemple de la cordialité et de la franchise.

Adieu, adieu. Votre affectionné Cousin.

 

La fortune considérable de Canova, que lui procure sa position de sculpteur de premier plan, lui permet, outre ses actions de mécénat, de se constituer un important patrimoine personnel. Il investit ainsi régulièrement dans de nombreuses propriétés foncières et des terres viticoles dans la région d’Asolo et de Possagno, sa ville natale, dans les collines de la province de Trévise, aujourd’hui célèbre pour son Prosecco. Retenu à Rome, il en déléguait la gestion à son cousin germain maternel, Giovanni Battista Manera, dont le frère Domenico, sculpteur talentueux, collaborait à l’atelier de Canova. Celui-ci réalisa notamment le médaillon funéraire en l’honneur d’Antonio Canova conservé au Musée Civique d’Asolo.

L’exploitation de Santa Giustina, dont il est question ici, est une petite exploitation située dans un hameau à proximité de Possagno, ville natale de Canova. Le sculpteur financera intégralement la restauration de l’Oratorio di Santa Giustina, situé au beau milieu des vignobles historiques de l’artiste, en veillant notamment à la préservation de ses œuvres picturales.

Son frère, Giovani Battista Sartori-Canova (1775-1858), évêque, abbé et érudit, fut tout à la fois son secrétaire particulier, son conseiller et son administrateur exclusif. Souvent appelé « l’Abbé Canova », il se chargeait notamment des relations avec les clients les plus prestigieux. Il sera le légataire universel de l’artiste et fera ériger l’actuel Musée Canova.

 

Réparation esthétique en marge gauche, voir photos.