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F.T. MARINETTI – Superbe lettre signée sur le Futurisme [1910]

Lettre signée Votre confrère futuriste, F.T. Marinettti. [Milan, août 1910]. 12 pp. in-8, à l’en-tête imprimé Poesia – Rassegna Internazionale.

 

« Je crois que vous êtes au courant de nos conférences tumultueuses pour la défense de nos idées futuristes. Celle qui vient d’avoir lieu dans le grand théâtre de la Fenice à Venise a dépassé en violence toute les précédentes. Dès les premières phrases de mon discours contre l’innommable décadence du peuple vénitien, abruti et morphinisé par un culte stupide du passé et par une basse adoration de l’étranger, un tumulte inouï éclata »

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Filippo Tommaso MARINETTI (1876-1944) – Écrivain, fondateur du Futurisme

Lettre signée Votre confrère futuriste, F.T. Marinettti. [Milan, août 1910]. 12 pp. in-8, à l’en-tête imprimé Poesia – Rassegna Internazionale.

Lettre exceptionnelle par sa longueur et son contenu, relatant avec exaltation la première « soirée futuriste » à la Fenice de Venise du 1er août 1910

« J’arrive en ce moment de Venise, où nous avons livré bataille, selon notre habitude, contre ceux que nous appelons les passatisti [les passéistes, terme par lequel Marinetti stigmatisait les ennemis du Futurisme].

Je crois que vous êtes au courant de nos conférences tumultueuses pour la défense de nos idées futuristes. Celle qui vient d’avoir lieu dans le grand théâtre de la Fenice à Venise a dépassé en violence toute les précédentes. Dès les premières phrases de mon discours contre l’innommable décadence du peuple vénitien, abruti et morphinisé par un culte stupide du passé et par une basse adoration de l’étranger, un tumulte inouï éclata.

Dans la salle, où se pressaient plus de 3000 personnes et où les artistes étaient en grand nombre. Parmi eux, plus d’une centaine de futuristes nous défendaient avec acharnement, imposant le silence à coups de poing et à coups de canne. Je ne vous décrirai pas par le menu détail tous les évènements bizarres et tragiques de cette soirée mémorable, durant laquelle, malgré les bagarres, les rixes, l’intervention de la police et les arrestations. J’ai pu lancer de toute ma voix, sur le tohu-bohu indescriptible de la foule, de claires injures et de précises invectives contre la dégoûtante lâcheté des Vénitiens, heureux de barboter dans de l’eau sale en qualité de professeurs ignorants, de brocanteurs frauduleux, de proxénètes et de gondoliers complaisants.

L’un après l’autre sans lâcher prise, moi et mes amis les peintres futuristes, avons sommé le peuple Vénitien de se plier à la force de la jeune Italie littéraire et, artistique, industrielle, commerçante et militaire, qui veut et doit à tout prix guérir du passé les vieilles villes pourrissantes ou mortes de la péninsule.

Je partirai demain avec mes amis les peintres futuristes, en automobile, pour faire une tournée de conférences rapides sur les plages élégantes et dans les principales villes d’eaux.

Ce seront partout explosions d’injures, polémiques et batailles avec le triomphe grandissant de notre idée destructrice et rénovatrice, qui commence à influencer parlement et municipalités.

Il va sans dire que dans nos haltes, au rythme haletant du moteur, nous reprendrons pinceaux crayons et plumes, car une grande Exposition futuriste s’ouvrira cet hiver à Milan, et il me faut retoucher les dernières pages de mon nouveau roman, presque achevé, qui paraîtra chez Sansot en novembre. [Mafarka il futurista, son premier roman qui paraîtra en novembre]

Voilà comment je passe en vitesse futuriste les mois de l’été, rasant avec mon auto les vieux murs barbus des cimetières des villages, les yeux fixés sur les beaux couchants italiens, couleur de forge et les belles étoiles tranchantes d’acier. »

 

Le 20 février 1909, la parution dans le Figaro du Manifeste du futurisme signe l’acte de naissance du mouvement qui sera suivi en 1910 par une série de conférences et serate futuriste dans les villes italiennes, qui seront le théâtre de réunions agitées tournant souvent à l’affrontement.

Cette nouvelle esthétique littéraire et artistique, industrielle et mécanique, fait l’éloge de la vitesse et de la civilisation urbaine. Elle regroupe dans son mouvement peintres, poètes et écrivains, aussi bien que sculpteurs ou compositeurs.

La revue Poesia a été fondée par F.T. Marinetti, à Milan. Son premier numéro paraît le 1er février 1905, elle accueillera l’ensemble des publications liées au mouvement futuriste.

 

Bon état, voir photos.