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Fr.-René de CHATEAUBRIAND – Belle L.A.S. sur “Le Génie du Christianisme”

Lettre autographe signée adressée à Charles-Julien Lioult de Chênedollé – Paris, vendredi 15 Oct. 1802 – 2 pp. ½ in-8, adresse autographe au verso et vestige de cachet de cire rouge.

 

« Voilà la saison favorable. Vous voyez les feuilles tomber, vous entendez le vent d’automne dans les bois »

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François-René de CHATEAUBRIAND (1768 – 1848) – Écrivain et homme politique, précurseur du Romantisme

Lettre autographe signée adressée à Charles-Julien Lioult de ChênedolléParis, vendredi 15 Oct. 1802 – 2 pp. ½ in-8, adresse autographe au verso et vestige de cachet de cire rouge.

Belle lettre évoquant Le Génie du Christianisme

« Je pars lundi prochain pour Avignon où je vais saisir, si je puis, une contrefaçon qui me ruine ; je reviens par Bordeaux et par la Bretagne. J’irai vous voir à Virre, et je vous ramènerai à Paris, où votre présence est absolument nécessaire, si vous voulez enfin entrer dans la carrière diplomatique. Il paraît certain que nous recevrons des ordres pour l’Italie, dans les derniers jours de Novembre. J’espère vous embrasser vers le quinze de ce même mois ; tenez-vous donc prêt pour cette époque ; je compte sur vous. Dans tous les cas, si le voyage d’Italie venait encore à manquer vous seriez placé à Paris.

Travaillez-vous mon cher ami ? Voilà la saison favorable. Vous voyez les feuilles tomber, vous entendez le vent d’automne dans les bois. J’envie votre sort. Dans tout autre temps le voyage que je vais faire me plairait, à présent il m’afflige. Ne manquez pas d’écrire rue Neuve du Luxembourg pendant mon absence mais ne parlez pas de mon retour par la Bretagne, ne dîtes pas que vous m’attendez et que je vais vous chercher. Tout cela ne doit être su qu’au moment où l’on nous verra tous les deux jusque là je suis à Avignon et je reviens en droite ligne à Paris.

Je ne sais si je pourrai voir La Fresnes en passant à Bordeaux. Cela me ferait grand plaisir malheureusement la saison sera bien avancée et le temps me presse. Si je puis parvenir à tirer quelque chose du contrefacteur du Génie Du Chr[istianisme] alors je prendrai la poste et j’irai beaucoup plus vite que par les diligences. Je pars avec des lettres de Lucien qui me recommande vivement au Préfet ; j’espère réussir avec de la promptitude et du secret. Adieu donc mon très cher ami. Si je ne me casse pas le cou, je vous embrasserai chez vous dans un mois. Encore une fois tenez-vous prêt à partir avec moi pour Paris il serait absurde à votre âge et dans votre position de renoncer à tout projet d’avancement et de fortune. Je vous embrasse tendrement. »

Le poète natif de Vire, Charles-Julien Lioult de Chênedollé (1769-1833), seigneur de Saint Martin Don, avait fait la connaissance de Chateaubriand et de sa sœur Lucile, à son retour en France, en 1799.

L’exigence de discrétion exprimée avec insistance par Chateaubriand sur son passage prochain s’explique probablement par le projet de visite à son épouse.

Dans ses Mémoires, Chateaubriand relate cet épisode dans le détail :

« Une contrefaçon du Génie du Christianisme, à Avignon, m’appela au mois d’octobre 1802 dans le midi de la France. Je ne connaissais que ma pauvre Bretagne et les provinces du Nord traversées par moi en quittant mon pays. J’allais voir le soleil de Provence, ce ciel qui devait me donner un avant-goût de l’Italie et de la Grèce, vers lesquelles mon instinct et la muse me poussaient […] Arrivé à Avignon la veille de la Toussaint, un enfant portant des livres m’en offrit : j’achetai du premier coup trois éditions différentes et contrefaites d’un petit roman nommé Atala. En allant de libraire en libraire, je déterrai le contrefacteur, à qui j’étais inconnu. Il me vendit les quatre volumes du Génie du Christianisme, au prix raisonnable de neuf francs l’exemplaire, et me fit un grand éloge de l’ouvrage et de l’auteur. Il habitait un bel hôtel entre cour et jardin. Je crus avoir trouvé la pie au nid : au bout de vingt-quatre heures, je m’ennuyai de suivre la fortune, et je m’arrangeai presque pour rien avec le voleur […] » (P2 L14 Ch.2)

Gilbert Mayer précise également qu’à l’automne 1802, Chateaubriand « fut informé qu’un imprimeur d’Avignon venait de mettre en vente une édition contrefaite du Génie du Christianisme. La nécessité de défendre ses intérêts l’entraîna, pour la première fois depuis son retour, dans un grand voyage à travers la France. Il devait, en effet, traverser tout le midi et passer par Fougères où résidait toujours sa femme qu’i n’avait pas vue depuis dix ans. Il allait alors lui faire une brève visite avant de revenir à Paris […] Il quitta Paris le 18 octobre et atteignit Lyon le 22 […] et n’arriva à Avignon que le 31 […]. Le 27 novembre il était à Fougères, où il séjourna quelque peu plus que les vingt-quatre heures dont il parle dans ses Mémoires. De Fougères, il écrit, en effet, à son ami Chênedollé pour lui donner le choix entre deux solutions : ou bien Chênedollé viendrait le rejoindre à Fougères le 3 décembre, pour faire avec lui le voyage de Paris, ou bien lui-même serait à Vire le même jour, et les deux écrivains poursuivraient leur route ensemble vers la capitale. Chênedollé préféra cette dernière solution […] »

(G. Mayer – Calendrier des déplacements de Chateaubriand à partir de son retour d’exil – pp.78 et 79).

 

Une perforation réparée sur le premier feuillet ne nuisant pas à la lisibilité du texte, pli central renforcé, déchirure due à l’ouverture, voir photos.