Franz LISZT – Superbe lettre évoquant ses « pages sur Chopin »
Lettre autographe signée adressée à Joseph Autran – Weimar, 6 mars 1854 – 4 pp. in-8, papier bleu, enveloppe conservée.
« Je vous sais bon gré aussi de vous souvenir de mes pages sur Chopin et vous les enverrais avec grand plaisir… »
Vendu
Franz LISZT (1811 – 1886) – Compositeur et pianiste
Lettre autographe signée adressée à Joseph Autran – Weimar, 6 mars 1854 – 4 pp. in-8, papier bleu, enveloppe conservée.
Cette lettre a été publiée dans la Revue des Deux Mondes en 1927, à l’occasion du cinquantenaire de la mort du destinataire.
Très belle lettre évoquant ses « pages sur Chopin » ainsi qu’un projet avec Alexandre Dumas
« Merci, cher ami, de votre bon souvenir. Je lirai « Laboureurs et Soldats » avec l’intérêt et la sympathie que j’attache à vos œuvres. Après avoir si bien vogué et navigué dans vos Poèmes de la mer, il vous sied bien de prendre terre avec les laboureurs, et l’idée de votre nouveau livre me semble tout à fait heureuse.
Je vous sais bon gré aussi de vous souvenir de mes pages sur Chopin et vous les enverrais avec grand plaisir si la poste française n’était assez inexacte dans une semblable commission et n’exigeait un port énorme.
Cependant comme je tiens à ce que vous ayez ce volume, je viens d’écrire deux mots à Belloni (dont vous vous souvenez peut-être encore de Marseille) pour lui enjoindre de vous le porter car il a plusieurs exemplaires à ma disposition. Si par hasard il l’oubliait, soyez assez bon pour le lui rappeler – Il demeure rue Ribouté n°1 – et dans la journée il est presque constamment établi au Bureau de la France musicale chez Escudier rue de Choiseul et – Pardonnez-moi ces longues explications à propos de si peu – mais comme j’ai eu plusieurs désagréments avec la poste de Paris je me tiens désormais en garde –
Savez-vous quelque nouvelle de Dumas ? Est-il visible ? Dans le temps il avait le projet de réunir les deux Faust pour une représentation à son théâtre. Je lui ai alors demandé de me charger de la composition musicale dont il aurait besoin à cet effet. Comme il ne m’a jamais répondu, il est possible que ma lettre ne lui soit pas parvenue ; et si vous trouvez par hasard occasion de lui mettre la chose en mémoire je vous en serai obligé – car je suis occupé en ce moment d’un long travail symphonique sur Faust – et si jamais Dumas réalisait son ancienne idée, je ferais volontiers la besogne musicale dont il aurait probablement besoin. Soyez assez bon, cher ami, pour me rappeler bien affectueusement au bienveillant souvenir de Madame Autran, et croyez-moi bien à toujours, votre très sincèrement affectionné et dévoué. »
Ses « pages sur Chopin » : en 1852, Franz Liszt fait paraître un ouvrage consacré à son ami et parfois rival décédé trois ans plus tôt, avec l’intention de « faire parler son affliction sur sa pierre sépulcrale ». Liszt y défend l’enfermement de Chopin « dans le cadre exclusif du piano », souligne l’inspiration polonaise de son œuvre et la délicatesse de ses manières. Plus que la Pologne qui l’a vu naître ou que la France qui l’accueillit et qu’il aima, Liszt reconnaît en « la patrie de l’âme » la vraie patrie de Chopin.
À propos de Faust : c’est Hector Berlioz, qui, en 1830, avait fait découvrir l’œuvre de Goethe à Franz Liszt, dans sa traduction par Gérard de Nerval. Berlioz venait de composer ses Huit scènes de Faust, auxquelles allait succéder sa Symphonie fantastique, qu’il dédie à Franz Liszt, avec ses scènes de Sabbat et sa Damnation de Faust. Fasciné par le mythe, Liszt travaille sur les premières esquisses d’une composition dès 1840 et lorsque Nerval le rencontre à Weimar en août 1850, il envisage avec lui la création d’un opéra, en collaboration avec Alexandre Dumas. Ce projet ne verra pas le jour, notamment en raison des difficultés à y associer Dumas qui traverse une période compliquée (faillite de son théâtre en décembre 1850, revente du château de Monte-Cristo, exil en Belgique, etc.). Dans cette lettre, Franz Liszt fait une nouvelle tentative auprès d’un Dumas resté silencieux, tentative qui restera sans suite. Il se consacrera alors à la composition de sa Faust Symphonie (1854), qui comprend 3 mouvements, consacrés aux 3 principaux protagonistes (Faust, Marguerit et Méphistophélès). C’est en 1857, pour la création de la Faust Symphonie à Weimar, que Liszt ajoute le Chorus Mysticus final, en dédiant l’œuvre à Hector Berlioz. Le cercle était bouclé.
Le poète marseillais Joseph Antoine Autran (1813-1877), s’était fait connaître par son Ode à M. Alphonse de Lamartine (1832), dont il était l’ami. Il était également proche d’Alexandre Dumas et de Franz Liszt, qui s’était inspiré de son recueil Les Poèmes de la mer pour la composition de ses Préludes en 1853.
Bon état, voir photos.