Loading...

Gilbert du Motier de LA FAYETTE anticipe la dissolution de la Chambre (1830)

Lettre autographe signée adressée au général Michaud – Paris 8 avril 1830 – 2 pp. ¼ sur un double feuillet in-4.

 

« Ils ont l’ancien régime dans la tête et dans le cœur, et se positionnent toujours en avant jusqu’à ce que la résistance les avertisse du danger. »

5 000

1 en stock

1 en stock

Gilbert du Motier de LA FAYETTE (1757 – 1834) – Général et homme politique

Lettre autographe signée adressée au général MichaudParis 8 avril 1830 – 2 pp. ¼ sur un double feuillet in-4, destinataire au verso.

Très belle lettre politique, décrivant les prémices de la Révolution de juillet

Constatant l’échec d’une tentative de conciliation avec le vicomte de Martignac, chef de son gouvernement, le roi Charles X prépare, en sous-main, un revirement politique et le remplace subitement par le prince de Polignac pendant l’été 1829. L’opinion publique s’en émeut, la presse se déchaîne et Chateaubriand démissionne de son poste d’ambassadeur à Rome. À l’ouverture de la session parlementaire de 1830, la Chambre exprime la défiance de la majorité libérale par l’adresse des 221 du 16 mars 1830. Cette lettre se situe peu après l’opposition au gouvernement Polignac et avant la dissolution de la Chambre qui interviendra le 16 mai 1830, ce que La Fayette anticipe ici.

Après ces événements, La Fayette reviendra au premier plan de la scène politique : les élections de juin 1830, qui font suite à la dissolution, loin de renforcer le pouvoir royal, donnent une place prépondérante aux libéraux, qui obtiennent 274 députés. L’obstination de Charles X, qui maintient un gouvernement minoritaire à la Chambre et la publication des ordonnances de Saint-Cloud, déclenche l’insurrection populaire des « Trois Glorieuses ». La Fayette se trouve une nouvelle fois à la tête de la Garde nationale et renoue avec sa popularité de 1789, fort du soutien de nombreux partisans. Après l’abdication de Charles X, au moment où Louis-Philippe devient « roi des français », La Fayette se tient à ses côtés au balcon de l’Hôtel de ville pour affirmer l’avènement de « la meilleure République ».

« Je vous remercie bien du nouveau témoignage de votre approbation et de votre amitié, il m’a procuré le plaisir additionnel de voir M. votre gendre et l’espérance que Madame votre fille et lui voudront bien procurer à ma famille et à moi la très grande satisfaction de les recevoir mais c’est aussi à la Grange que je voudrais les réunir avec vous, mon cher général.

Nous continuons ici nos soirées du mardi jusqu’à la fin du mois et dans les premiers jours de mai nous attendrons à la campagne ce que le gouvernement jugera à propos de décider sur le rappel ou la dissolution de la Chambre.

Il est dans l’embarras des premières sorties qui en nécessitent d’autres et des projets contre révolutionnaires qu’on n’ose pas exécuter après les avoir annoncés.

Ce n’est ni vous ni moi qui depuis quinze ans avons eu besoin des choix du 8 août et des manifestations récentes de la faction pour savoir que l’esprit de Pilnitz et Coblenz est encore vivant sur le trône, dans la famille, dans une grande partie de la Cour et dans la congrégation qui s’étend fort loin. Le dauphin est à cet égard dit-on, plus entêté encore que son père. Lorsque le parti trouve des obstacles, il s’arrête mais il ne recule pas ou s’il fait semblant de céder, c’est à condition que nous n’aurons aucune des institutions qui rendraient la contre révolution plus difficile.

Les quatre garanties que nous avions demandées à notre dîner de Meaux que j’ai rappelées au banquet de Lyon sont l’objet de beaucoup de pétitions pareilles à celle dont vous m’avez chargé. La prorogation de la chambre en conséquence de l’adresse dont je vois avec plaisir que vous avez été contre ajourne la discussion de ces pétitions. Ce n’est pas seulement contre le ministère actuel et le ministère Villèle qu’il faut rejeter le budget. Je voudrais qu’on ne donnât pas un centime jusqu’à ce que les garanties eussent été réalisées. Il n’est pas sûr que cet avis eût la majorité de la chambre actuelle. Elle se contenterait pour commencer d’une ou deux de ces institutions par exemple des administrations départementales et municipales électives pour ma part, si j’y suis, je les réclamerai toutes, et au cas de dissolution je voudrais que tous les collèges, ceux d’arrondissements au moins, en fissent une loi à leurs nouveaux députés. Il faudrait bien alors que le gouvernement cédât.

Dans le cas de mesures violentes et illégales, je vois que la doctrine du refus de l’impôt prend faveur et extension et si on voulait l’extorquer par force, alors nous verrions ce qu’il y aurait à faire mais si dans la crise actuelle la nation reculait devant le pouvoir, celui-ci contre révolutionnaire jusqu’au bout, il irait dans ce genre plus loin qu’on ne pense, ce qu’il ne croirait lui-même à présent. Ils ont l’ancien régime dans la tête et dans le cœur, et se positionnent toujours en avant jusqu’à ce que la résistance les avertisse du danger.

Comme le ministre varie tous les jours, dans ses projets, que le parti Villèle est venu faire un embarras de plus, je n’ai aucune nouvelle précise à vous donner. Il faut se tenir prêt à la chance la plus probable celle d’une dissolution. Adieu mon cher général, recevez tous les remerciements et expressions d’attachement de votre bien sincère et reconnaissant ami. »

Claude Ignace Michaud (1751-1835) est un général de la Révolution et de l’Empire, dont le nom est gravé sur un des piliers de l’Arc de Triomphe. Il sera révoqué de ses fonctions de maire de Luzancy en 1824, pour ses prises de position et son ardent soutien en faveur de La Fayette. Un certain Henri Beyle aurait été son aide de camp en février 1801.

 

Bon état, voir photos.