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Henri de TOULOUSE-LAUTREC – Exceptionnelle lettre de jeunesse [1878]

Lettre autographe signée « Votre filleul béquillard, Henri de Toulouse », adressée à sa grand-mère maternelle et marraine, Louise Tapié de Céleyran – S.l.n.d. [Albi, juillet 1878] – 6 pp. in-12.

 

« vous ayant donné cette nouvelle patibulaire, vu qu’elle traite de l’amélioration de mon système jambaire »

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Henri de TOULOUSE-LAUTREC (1864 – 1901) – Peintre, affichiste et illustrateur

Lettre autographe signée « Votre filleul béquillard, Henri de Toulouse », adressée à sa grand-mère maternelle et marraine, Louise Tapié de Céleyran – S.l.n.d. [Albi, juillet 1878] – 6 pp. in-12.

Émouvante lettre de jeunesse, exceptionnelle par sa longueur et son contenu

Toulouse-Lautrec fait preuve d’un humour et d’une maturité hors du commun, alors qu’il vient de faire une première chute

Le 30 mai 1878, le jeune Henri, âgé de 13 ans, est victime d’une chute dans sa maison natale à Albi. Il est plâtré pendant 40 jours pour une fracture du fémur gauche et sa famille met alors tout en œuvre pour remédier à ses ennuis de santé et fortifier son corps défaillant. Cet accident aura des conséquences tragiques et les symptômes de sa maladie génétique commenceront dès lors à se manifester. Cette fracture mal réduite l’obligera à se déplacer avec une canne ; l’année suivante, après une fracture du fémur droit, sa croissance sera définitivement stoppée, ses deux jambes devenues difformes feront de lui un infirme à vie.

« Ma chère Marraine,

Je vous remercie de vos souhaits marrainiers par rapport à la fête de mon grand patron, le grand saint Henri, (qui par parenthèses est aussi la mienne). Mais si vous vouliez faire déborder la coupe de joie, dont mon imagination surexcitée est remplie jusqu’aux oreilles, en voyant que je n’ai pas baissé d’une ligne dans votre estime affectionnée, vous feriez parvenir jusqu’à M  l’abbé Peyre par le canal de votre parole la demande soupesée, de vouloir bien intimer, à mon cousin osseux l’ordre rigide de vouloir avoir la complaisance de m’expédier par la poste une petite épître dans laquelle il me donnerait des nouvelles du personnel de Celeyran et des véhicules enfantins qu’Augé marchand Narbonnais a reçu l’ordre de me faire venir de la Capitale de France [Augé-Munsch, marchand de jouets, rue de la République à Paris]. Maintenant, j’ai l’honneur de vous informer qu’en personne et en chair et en os je me suis rendu en char traîné par des chevaux fougueux à l’église métropolitaine de la ville albigeoise, afin d’y consommer l’audition de l’office divin. Pour lors, vous ayant donné cette nouvelle patibulaire, vu qu’elle traite de l’amélioration de mon système jambaire, je vous informerai de la constipation relative qu’a subie mon individu par la manducation acharnée d’une certaine pâte confectionnée avec le fruit du cognassier. N’ayant plus rien à vous relater, je prendrai la liberté de déposer un tendre baiser sur votre joue droite tout en vous priant d’en faire autant de ma part à tout le monde. Votre filleul béquillard »

Le « cousin osseux » est le surnom qu’Henri donne à Raoul Tapié de Céleyran (1868-1937), fils aîné d’Amédée Tapié de Celeyran (frère de la mère d’Henri) et de sa cousine Alix, sœur du père d’Henri. Amis d’enfance, ils échangeaient régulièrement au sujet de leur goût en matière de jouets ; Henri réalisera plusieurs portraits de lui (1881 et 1882).

Références : Toulouse-Lautrec. Correspondance (Édition de Herbert Schimmel – N°31, page 57 – Art et Artistes / Gallimard).

                                                                                           

Bon état, voir photos.