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J.-K. HUYSMANS – Belle lettre adressée à Lucien Descaves (1887)

Lettre autographe signée adressée à son ami Lucien Descaves – Paris, 20 mars 1887 – 3 pp. in-12, enveloppe conservée.

 

« Je viens enfin de finir en Rade – et, comme première distraction, je me suis payé la lecture de « Misères de sabre » »

 

 

Vendu

Joris-Karl HUYSMANS (1848 – 1907) – Écrivain naturaliste et critique d’art

Lettre autographe signée adressée à son ami Lucien Descaves – Paris, 20 mars 1887 – 3 pp. in-12, enveloppe conservée.

Critique de Misères du sabre, alors qu’il vient de terminer En rade

« Mon cher Ami,

Je viens enfin de finir en Rade – et, comme première distraction, je me suis payé la lecture de « Misères de sabre ».
je trouve, sans compliments bêtes, votre livre très bien – mais avec le tort de nouvelles longues et courtes, c’est-à-dire des unes écrasant les autres. La plus étonnante avec Cloclo et un cadeau, c’est peut-être une fin où il y a une histoire de ratelier et d’ombres chinoises de doigts purement exquise. C’est légèrement vivant et enlevé, ça !

Votre malheureuse concubine de Muratel est également bien et curieusement posée. Puis, il y a une chose supérieure dans le livre, c’est qu’il sent son jus, qu’il pue la troupe, qu’à ce point de vue, c’est le seul livre militaire que je connaisse. Ah ! Nom de Dieu ! le para profundis du sergent est effrayant et superbement exécuté dans sa discrétion. Il n’y a que le suicide qui m’embête un peu. C’est possible, vrai sans doute, mais ça me semble gros.

C’est égal, mon bon Descaves, vous pouvez être content, car le livre est vraiment curieux et d’une note neuve, ce qui n’est point de la ripopée, par les temps qui courent !

Je vous écris cela, au hasard du souvenir, à bâtons rompus, après une corrosive impression de fleur de grief et d’imbécilité officière qui me prend.

Ah ! Si Stock généreux, vous donnait des exemplaires – pouvez-vous en envoyer à la bonne Melle Read qui s’était chaudement occupé de l’affaire chez Frinzine, ça lui ferait grand plaisir. Envoyez, si possible 25 rue Rousselet [l’adresse de Louise Read chez Barbey d’Aurevilly, mais aussi celle de son ami Georges Landry et de Léon Bloy lors de ses visites] et si par hasard, alors, un de trop, à Bloy, même adresse qui grille de lire ces bons soldats. A bientôt mon cher Ami, et bien à vous. »

 

Le roman En rade se situe entre À rebours et Là-bas et fut d’abord publié en feuilletons dans La Revue indépendante, entre novembre 1886 et avril 1887. Léon Bloy, cité dans cette lettre, consacrera un article à En rade dans l’hebdomadaire belge L’Art Moderne en mai 1887, puis le mois suivant, un article dans L’Artiste sur Misères du Sabre de Descaves, titré « Un démolisseur de plus ».

Misères du sabre annonçait Sous-offs, son œuvre la plus connue, dans la veine des œuvres antimilitaristes, qui étaient dans l’air du temps. Ce second roman lui vaudra d’ailleurs un procès du ministère de la Guerre en 1889. Sur l’insistance de Huysmans et Hennique, le roman avait fini par être accepté chez Stock, qui l’avait d’abord refusé.

Louise Read (1845-1928) est restée célèbre pour son rôle auprès de Barbey d’Aurevilly, dont elle fut la gouvernante, la protectrice et l’égérie. Il la surnommait également « Melle Ma Gloire », si bien qu’elle devint sa légataire universelle et assurera sa renommée littéraire. La lettre fait une allusion à l’éditeur Frinzine, qui avait renoncé la même année à poursuivre la publication de l’œuvre de Barbey d’Aurevilly Les Œuvres et les Hommes, dont la librairie Quantin allait publier les dixième et onzième volumes. On comprend ici que l’intervention de Melle Read avait été décisive.

Lucien Descaves (1861-1949), ami le plus proche de Huysmans, sera également son exécuteur testamentaire et se chargera de faire publier ses Œuvres complètes ; il sera également le fondateur et premier président de la Société J.-K Huysmans.

Bon état, voir photos.