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Jacques MESRINE – Lettre de prison à Jeanne Schneider, peu avant son évasion

Lettre autographe signée Bibi adressée à Jeanne Schneider – Unité Spéciale Correctionnelle du pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul (Laval-Québec), 29 juin 1972 – 3 pp. sur 3 feuillets in-8 lignés.

 

« Pour ma part pendant deux moi, et cela du 1 juillet au 30 août je vais suivre des cours de dactylographie à la fin du cours nous passerons deux examens cela sera couronné d’un diplôme pour ceux qui réussiront ! »

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Jacques MESRINE (1936 – 1979) – Criminel, surnommé « l’homme aux mille visages »

Lettre autographe signée Bibi adressée à Jeanne Schneider – Unité Spéciale Correctionnelle du pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul (Laval-Québec), 29 juin 1972 – 3 pp. sur 3 feuillets in-8 lignés.

Quelques semaines avant une nouvelle évasion

« Ma douce Nanou,

Salut mon cœur, quelle chaleur aujourd’hui cela fait du bien de retrouver le soleil. Comme ça petite fille tu es tannée d’attendre, je te comprends très bien car je trouve la justice d’une lenteur écœurante et l’histoire du type qui vient de faire 9 ans pour rien n’est pas pensable, surtout que ce pauvre gars n’a aucun recours contre ceux qui lui ont fait faire tout ce temps [il s’agit probablement de l’affaire Jean-Marie Devaux, libéré en 1969 après 8 années de prison, dont le cas fut à l’origine de la loi d’indemnisation des victimes d’erreur judiciaire]. Enfin mon bébé il te faut taffer encore un peu et peut-être auras-tu une bonne nouvelle. La tête vide je sais ce que c’est, le sport petite fille peut t’apporter beaucoup sur tous les points mais il ne faut pas lâcher. Tu ne me parles pas de cours que vous deviez commencer toi et tes amies. Pour ma part pendant deux mois, et cela du 1 juillet au 30 août je vais suivre des cours de dactylographie à la fin du cours nous passerons deux examens cela sera couronné d’un diplôme pour ceux qui réussiront ! J’ai accepté de les suivre car il est toujours bon d’apprendre et par la suite une fois libre je pourrai me passer de secrétaire ! (cela évite la jalousie que pourrait avoir ma nanou si je prends une minette de 18 ans pour taper mon courrier (sic, sic, sic !)

Notre petite Fréda [probablement sœur Alfréda Simard, surveillante au pénitencier de Saint-Vincent-de-Paul] m’a fait une longue carte, j’ai bien ri en la lisant ; elle me dit que maître Revon lui demande de servir d’intermédiaire entre toi et lui (c’est parfait) mais chose comique il avait oublié de donner son adresse. De deux choses ou il a oublié et ça fait pas très sérieux pour un avocat ou il a fait cela pour que tu donnes toi-même l’adresse à Fréda, cela par simple vérification que tu es d’accord qu’elle serve d’intermédiaire ! Fréda me dit que ton bracelet est très beau et que le travail a été parfaitement fait cela pour 6 petits dollars seulement. J’ai reçu une lettre de papy et une carte des petits pour la fête des pères (rien de très spécial) papy me dit qu’il fera ce qu’il faut pour toi et que je ne dois pas avoir de soucis de ce coté là.

Je t’espère donc pour le mercredi 5 juillet c’est notre seule joie actuellement et je crois petite fille que cette visite est aussi importante pour toi que pour moi. Nanou chérie encore un peu de patience mon ange, j’ai espoir que cela finisse pour toi. De gros bécots d’amour de ton bon caractère !! »

 

Jeanne Schneider (1939-2006) avait rencontré Jacques Mesrine en octobre 1966 ; également criminelle, elle opéra principalement en France, mais aussi au Canada. Le 6 février 1968, Mesrine avait échappé aux policiers français et fui au Canada avec sa maîtresse. En juillet 1968, le couple s’installe au service d’un millionnaire handicapé, Georges Deslauriers, qu’ils enlèvent le 12 janvier 1969, alors qu’il venait de les renvoyer. La demande de rançon devient sans objet après que le millionnaire réussit à leur fausser compagnie. Après une cavale de plusieurs mois, le couple Mesrine-Schneider est arrêté aux États-Unis (juin 1969) après le meurtre d’Évelyne Le Bouthilier, puis extradé vers le Québec. Ils s’évaderont le 17 août 1969, seront repris le lendemain et condamnés respectivement à 10 et 5 ans de prisons pour l’enlèvement de Georges Deslauriers – ils seront en revanche reconnus non coupables pour le meurtre d’Évelyne Le Bouthilier lors du procès de Montmagny en janvier 1971.

À la date de cette lettre, Jacques Mesrine et Jeanne Schneider purgent donc tous deux une peine de prison dans le même centre pénitencier. À noter que quelques semaines plus tard, le 21 août, Mesrine parviendra de nouveau à s’évader avec cinq autres détenus et entamera une nouvelle cavale émaillée de plusieurs braquages.

Jeanne Schneider rentrera en France au début de l’année 1973, pour purger le reste de sa peine à la prison de Fleury-Mérogis.

 

Bon état, voir photos.