Jean COCTEAU – Belle lettre à Jean Marais récemment mobilisé (1940)
Lettre autographe signée de son étoile, adressée à Jean Marais – [Paris, printemps 1940] – 1 page in-4.
« Mon Jeannot ne reste pas trop dans cette tour. Pourvu que je reçoive de tes nouvelles. Le monde est fou. Hitler ignoble et toi seul un rêve de tout ce qui compte. »
1 600€
1 en stock
1 en stock
Jean COCTEAU (1889 – 1963) – Poète et cinéaste
Lettre autographe signée de son étoile, adressée à Jean Marais – [Paris, printemps 1940] – 1 page in-4.
Lettre émouvante à Jean Marais, éloigné et pourtant si proche
« Mon Jeannot,
Et voilà. Je savais qu’il fallait rentrer et que ce ne serait pas drôle. Mais je ne vis que dans ta tour et je ne pense qu’à vos nuits de garde et de branle-bas. Ici, on nous demande de continuer les spectacles nous avons joué ce soir devant 140 personnes bien gentilles. Capgras annonçait 19 mille frs et faisait mille frs de recette. L’existence va devenir un problème car les impôts eux ne chôment pas et Henri [le frère de Jean Marais (1910-1959)] m’a soutiré le gros chèque. Je l’ai mené voir le film de Garbo un enchantement qui nous a tenu 2 heures hors les drames [la comédie Ninotchka de Billy Wilder, sortie le 10 avril 1940, qui sera l’avant-dernier film de Garbo] C’est curieux de remarquer combien ton frère est sensible à une certaine beauté pour peu qu’on l’accompagne et qu’il sente nos fluides. Il n’en revenait pas d’avoir été sous le charme. Je crois que ce qui manque à ce pauvre être, c’est l’entourage. Je lui déconseille beaucoup de s’engager, qu’il attende. L’appartement est retardé par la suspension des affaires et du travail. Dès la semaine prochaine, si les choses ne se gâtent pas, je demanderai un coup de main à Jeffroy et j’entreprendrai les gros travaux et les demandes à la ville – électricité-chauffage etc…
Les autres s’installent bien et j’y arriverai malgré ma bêtise atroce en face de ce genre de choses. Mon Jeannot ne reste pas trop dans cette tour. Pourvu que je reçoive de tes nouvelles. Le monde est fou. Hitler ignoble et toi seul un rêve de tout ce qui compte. »
En septembre 1939, Jean Marais est mobilisé sur le front et affecté dans la Somme, à la 107e compagnie, dont Coco Chanel sera la marraine de guerre. Il occupe un poste de guetteur depuis le clocher de l’église Saint-Pierre de Roye, où Jean Cocteau lui écrit quasi quotidiennement.
Alors qu’Henri Marais vient de lui « soutirer le gros chèque », probablement pour la location de leur futur appartement, dans le même temps, Cocteau loge à l’hôtel Beaujolais, où il loue « une cave minuscule, prise entre le théâtre du Palais-Royal et le pâté de maisons qui se termine par la Comédie-Française ». Il dirige simultanément la rénovation de l’appartement du 36 de la rue Montpensier, où il s’installera avec Jean Marais après l’exode en 1941, face à l’appartement de Colette, et où habitent également Emmanuel Berl et son épouse, la chanteuse Mireille.
La pièce de théâtre évoquée par Cocteau est Les Monstres sacrés, dont il est l’auteur et qui avait été créée au théâtre Michel le 17 février 1940. Elle est ensuite reprise au Bouffes-Parisiens à partir du 19 avril, où elle est précédée d’une autre pièce de Cocteau, Le bel Indifférent, interprétée par Édith Piaf en lever de rideau.
Plis d’usage, voir photos.

