Loading...

[René MAGRITTE]. Joë BOUSQUET – Rare ensemble de 7 L.A.S. à René Magritte

Rare ensemble de 7 lettres autographes signées adressées à René Magritte – [Carcassonne, 1946] – 33 pp. ½ in-8 (une lettre non signée), conservées dans un agréable portfolio beige titré [Bernard Bichon].

 

« Vous entendez, Magritte, on a cru vous comprendre, vous connaître. On n’a encore rien vu »

7 500

1 en stock

1 en stock

Joë BOUSQUET (1897 – 1950) – Poète et écrivain

Rare ensemble de 7 lettres autographes signées adressées à René Magritte – [Carcassonne, 1946] – 33 pp. ½ in-8 (une lettre non signée), conservées dans un agréable portfolio beige titré [Bernard Bichon].

Belle correspondance éclairant les liens unissant les deux artistes et évoquant le mouvement surréaliste

 

  • S.d. [juillet 1946] : « J’ai bonne envie de publier dans une bonne revue ma réponse à l’enquête du Savoir-vivre. Il serait peut-être fort intéressant d’y ajouter votre lettre, et peut-être le texte de votre manifeste : Qu’en dîtes-vous ? ou : sous quelle forme envisagez-vous l’application d’une telle idée ? c’est-à-dire : retenant la publication de ma réponse, voyez-vous la lettre de vous à y joindre – ou de Scutenaire ? [Louis Scrutenaire (1905-1987], poète surréaliste belge] ; Si cette idée vous plaît, voulez-vous que je vous renvoie votre lettre, au cas où vous voudriez en changer le ton ou la forme, ou en en expliquer – pour le public – certaines parties. […] Dans le cas où cette idée vous plairait, voulez-vous que l’on paraisse dans les Cahiers de la Pléiade, ou aux Cahiers du Sud– ou dans la très sympathique revue du neveu de Jacques Rivière – Estuaires – ou le Milieu du Siècle (JB Janin) Répondez-moi vite »

 

  • 28 juillet 1946 : « J’obtiens enfin votre adresse. Vous recevrez dans quelques jours votre exemplaire du Meneur de Lune (Janin) Et dans deux mois, mon recueil poétique (Gallimard) Camberoque [Jean Camberoque (1917-2001), peintre et graveur natif de Carcassonne sera révélé par Joë Bousquet], qui a illustré de son mieux le Meneur de Lune est un jeune Carcapon mais de 28 ans, qu’il a fallu cueillir sur les balcons où il faisait de la peinture en bâtiments. Sans quitter la petite ville, il a commencé à se former devant vos toiles et celles de Max. Ses dessins ne donnent pas une idée de sa peinture qui commence à s’inonder aux reflets d’un soleil souterrain. J’ai voulu lui donner les moyens de passer quelques jours à Paris, de se montrer à Jean Cassou, à Christian Zervos. Il est fou de ce que vous faîtes ; Et moi, je suis malade de dépit. J’ai exposé à Toulouse les peintures de ma chambre. Plein succès. Surtout le Palais de la Courtisane et l’Idée fixe. Mais maintenant, Magritte ! Vous nourrissez mes rêves en m’envoyant vos admirables recueils. Je vais souscrire des reproductions en couleurs, pour les afficher ; mais mes yeux, mes yeux ? Je m’engage dans une nouvelle voie littéraire. Je veux, à force de contempler une image irrationnelle, en épuiser le contenu de vérité – non pas sur le plan explicatif mais sur le plan de l’imagination. Je voulais, pour cela, l’Ile au Trésor! Je cherche maintenant vos hiboux. Naissance du jour. Magritte, je vous en prie, écrivez-moi, dîtes-moi à quels prix vous me livreriez de vos toiles les plus récentes, quelles conditions de paiement je pourrais escompter. Nous nous sommes ici organisés, Nelli, Maria Sire, Camberoque, pour que ma collection ne soit jamais aliénée. C’est-à-dire que ma mort n’entraînera dans aucun cas la disparition de ma chambre – qui restera la propriété de mes amis. Dans quelque temps, je vous demanderai, à vous, à Scutenaire, Ubach une adhésion de principe à un cercle Joe Bousquet, de façon à conférer la personne morale à ce groupe et lui permettre de se substituer à moi, sans avoir à craindre que ma famille ne l’emmerdouille. Fait qui ne vous étonnera qu’à moitié. Mise au courant de mes projets, ma mère – qui a enfin compris- m’a chaudement félicité […].Vous entendez, Magritte, on a cru vous comprendre, vous connaître. On n’a encore rien vu […] »

 

  • [Carcassonne, juillet 1946] : « Ma hâte à vous répondre vous dira ma joie. Je signe le manifeste et vous le retourne. Au sujet de ma position, je vous fais ici une double réponse. Réponse de principe, aperçu très optimiste sur nos chances de nous rencontrer. Depuis le manifeste du surréalisme, je tiens pour sûr que mes méthodes d’investigation resteront toujours assez personnelles. La faute en est à mon état physique. Quand un homme balance entre les voies subjectives et objectives, je suis, avant tout, un homme amputé de la réalité. Tous mes actes sont subordonnés à un fait majeur, ma blessure et ses suites, qui ne se laisse pas directement pénétrer : en effet, alors que la mention d’un évènement porte pour tous les hommes une charge expressive de même sens, je suis prisonnier d’un fait que les témoins ne sentent pas comme moi. Je suis, pour les passants, une image du désespoir. Cette image n’est telle que dans mon imagination […] C’est un phénomène quasi-mécanique, révélateur, d’ailleurs, d’une erreur très partagée. À l’origine de la conscience, il se pose, non une pensée, mais la foi en une pensée, un acte de foi dont une pensée fait le contenu. Si vous voulez : le cœur nait le premier. Cette foi où s’aveugle aussitôt la certitude du « Je » peut s’emplir d’une vision où le moi ne se reconnaît qu’après coup et comme effacé […] La vue d’une belle peinture illustre très bien ce mécanisme. Il est assez beau de penser que ce fait organique et que je disais ainsi : le cœur naît le premier, est si absolu, que les hommes ont inventé un Dieu pour en rendre raison. Cet exemple vous aide à reconstituer l’état d’esprit qui m’a introduit et maintenu parmi les surréalistes où j’acceptais de figurer assis, comme dans la vie même. Toutes les raisons morales qui forçaient l’adhésion pouvaient se retrouver fidèlement dans un homme visiblement retranché des conséquences imposées à tous les autres. Cet homme devenait alors le gage vivant que le surréalisme, sous toutes ses formes, resterait, devant l’histoire : un état d’esprit, et surtout, la révolution formidable qui subordonnât toutes les activités dites esthétiques à une idée morale de l’homme. Morale, bien entendu, révolutionnaire puisqu’elle posait que l’homme, jouet du monde et de ses propres idées, faisait du monde son jouet. Morale qui s’exerçait d’abord contre les morales héritées, sous-produits de l’existence telle qu’elle était, faisant de l’homme son enjeu […] » Etc.

 

 

Bon état, voir photos.