Joseph FOUCHÉ – Belle lettre politique évoquant Bonaparte [1816]
Lettre autographe signée de son paraphe (minute) adressée à Maurice Gaillard – [Dresde, 30 mars 1816] – 1 p. ½ in-4, nombreuses ratures et corrections.
« À quoi bon mentir quand on ne trompe personne ? Mentir sans tromper c’est la méprise d’un sot. »
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Joseph FOUCHÉ (1759 – 1820) – Homme politique, ministre de la Police de Napoléon
Lettre autographe signée de son paraphe (minute) adressée à Maurice Gaillard – [Dresde, 30 mars 1816] – 1 p. ½ in-4, nombreuses ratures et corrections.
« À quoi bon mentir quand on ne trompe personne ? Mentir sans tromper c’est la méprise d’un sot. »
Très belle lettre politique écrite pendant son exil
« Je pourrais me taire sur la frivolité de vos projets, car vous m’avez tué civilement, mais peut-être que ma voix sortant du tombeau aura plus d’emprise sur vous. Je l’ai dit plusieurs fois et je le répète : il n’y a qu’un seul mariage qui convienne à l’état actuel de la France, c’est celui du roi ; ne prêtez point l’oreille aux objections du vulgaire, tout est subordonné à l’ordre politique et aux besoins du présent. Les princes n’ont encore pour eux que l’opinion d’un parti, le roi seul est national. Je sais bien que ce langage ne plaît pas aux princes, qu’ils réfléchissent cependant que celui qui songe à la stabilité de leur dynastie sait mieux leurs intérêts que les courtisans qui flattent leurs passions. Il n’y a pas de petite faute aujourd’hui tout se ressent de la gravité des circonstances où nous sommes. Vous êtes placés sur des abîmes […]. On lit dans vos journaux que vous réprimez le désordre, mais cela ne suffit pas pour constituer un ordre de choses durable. On voit avec plaisir que vous rendez hommage aux maximes fondamentales de l’ordre social, que vous protestez de votre respect pour la constitution. Mais on compare vos actes à vos discours, Bonaparte proclamait aussi des principes, il a même ouvert les temples relevé les autels, invoqué les solennités de la religion, il a juré la constitution. Voyez où l’a conduit son système de déception […] À quoi bon mentir quand on ne trompe personne ? Mentir sans tromper c’est la méprise d’un sot. Attachez vous aux seuls moyens efficaces de gouverner les français, ces moyens ne sont pas illimités / il faut les choisir avec discernement / il y en a un grand nombre que le temps et les souvenirs ont épuisés. N’essayez pas de vous servir de ceux-là. Toutes les influences, excepté celles de la vérité et de la raison, sont détruites en France ; c’est donc à la bonne foi et à la raison qu’il faut parler. N’attendez pas du ciel de nouveaux miracles qu’il ne fera point pour vous. C’en serait un grand que de faire croire aux français d’aujourd’hui ce qu’ils ne pourraient comprendre. Adieu, comptez sur mon inaltérable affection. »
Au verso, le brouillon biffé d’une lettre personnelle.
Joseph Fouché séjourne alors à Dresde, où il était ambassadeur de Louis XVIII depuis septembre 1815. Le vote de la loi du 12 janvier 1816, venait de condamner à l’exil les régicides et ceux ayant pris part aux gouvernements de Napoléon. Fouché, doublement visé par cette mesure, tente de rester un temps à Dresde comme simple particulier mais devra se résoudre à quitter la ville, poursuivi par Élie Descazes, nouveau ministre de la Police de Louis XVIII, et Charles François de Bonnay, pair de France et ministre d’État. Le 7 août 1816, Fouché se réfugiera à Prague, puis à Lintz, avant de s’installer finalement à Trieste en 1820.
Maurice Gaillard est alors conseiller à la Cour de cassation et sera l’un des principaux biographes de Fouché (avec Louis Madelin, Stefan Zweig et plus récemment Jean Tulard).
Papier bruni, accidents marginaux, voir photos.


