Louis-Napoléon BONAPARTE sur la question de l’Algérie et un tableau d’Horace Vernet
Lettre autographe signée adressée au général Randon (1795-1871), alors gouverneur de l’Algérie – Paris, Élysées, 26 juin 1852 – 2 pp. sur un double feuillet in-8.
« Je vous envoie mon portrait d’Horace Vernet et plus tard un de l’Empereur. »
Vendu
NAPOLÉON III (1808 – 1873) – Homme d’État
Lettre autographe signée adressée au général Randon (1795-1871), alors gouverneur de l’Algérie – Paris, Élysées, 26 juin 1852 – 2 pp. sur un double feuillet in-8.
Intéressante lettre mêlant la politique algérienne et les beaux-arts
« Mon cher Général,
Je ne vous ai pas écrit plus tôt parce que, j’étais encore indécis de ce que je pourrais faire cet automne.
Mais voici ce que je compte réaliser si rien de nouveau ne vient entraver mes projets. Je compte aller à Alger du 1 au 10 septembre. Quant à l’expédition de la G[rande]. Kabylie quoique cela soit très tentant je doute qu’elle puisse se faire cet automne et que j’aie le temps de rester aussi longtemps en Afrique.
Répondez moi cependant ce que vous en pensez. Je vous envoie mon portrait d’Horace Vernet et plus tard un de l’Empereur.
Bien des mots à Madame Randon et recevez mon cher général, l’assurance de ma « sincère amitié. »
En 1852, au moment de l’établissement du Second empire, la conquête militaire de l’Algérie était presque achevée. Mais la pacification du pays était loin d’être acquise et l’année 1852 fut troublée par de nombreuses insurrections, qui exigèrent plusieurs expéditions pour livrer bataille contre des poches de résistance, notamment en grande Kabylie, dans le massif du Djurdjura et dans quelques oasis plus au sud. La campagne de la grande Kabylie marquera la fin de ces opérations en 1857.
Compte tenu de cette instabilité, le président et futur empereur ne se rendra à Alger que le 17 septembre 1860, pour un séjour de trois jours auquel participera l’impératrice, séjour au cours duquel Napoléon III définira sa vision politique et le mode d’administration de l’Algérie, énoncé notamment dans son célèbre discours sur le « royaume arabe ». Son projet prônait le respect des populations musulmanes et la création d’un « royaume arabe » sous la protection française, qui devait concilier les intérêts des populations autochtones avec ceux des colons européens, privilégiant un modèle de gouvernement colonial plus respectueux des sociétés indigènes. L’hostilité des « colonistes » et la chute du Second empire auront raison de ce fugace « rêve arabe ».
À propos de son portrait d’Horace Vernet : il pourrait s’agir du portrait représentant le Prince-Président Louis-Napoléon Bonaparte passant une revue au camp de Satory en 1849. Ce tableau, exposé en novembre 1849 à Versailles lors de l’Exposition des Artistes versaillais, puis aux Tuileries, partit ensuite à Alger et fut accroché dans le salon du gouverneur de l’Algérie, puis exposé au musée national des Beaux-Arts d’Alger, puis de Constantine. Ce tableau a connu un destin particulier, comme l’a raconté Horace Vernet lui-même : Louis-Napoléon Bonaparte lui avait demandé de le représenter en costume de général de la Garde nationale, passant une revue avec à sa suite quelques officiers galopant derrière lui : le maréchal Reille et le général Changamier. Mais après le coup d’État du 2 décembre 1851, le nouvel empereur estima que son portrait devait « monter en grade » et que de nouveaux généraux devaient remplacer les anciens – d’autant que Changamier s’était opposé à lui lors du coup d’État et avait été arrêté !
Horace Vernet refusa de retoucher le tableau – « Je ne peux pas corriger l’histoire », dit-il – et la toile finit donc en disgrâce et fit pénitence dans le grand salon du gouverneur à Alger.
Infimes trous d’épingle hors texte, voir photos.


