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Paul GAUGUIN – Belle lettre à Émile Schuffenecker annonçant son départ pour Tahiti

Lettre autographe signée adressée à Émile Schuffenecker – Moëlan-sur-mer (Finistère), 16 octobre 1890 – 4 pp. in-12, à l’encre violette sur papier quadrillé, enveloppe avec adresse.

 

« Et puis zut ; on ne gagne jamais à faire la cour aux imbéciles – Et j’ai de quoi mépriser une grande partie du monde. Enfin passons là dessus. Quand je serai à Taïti je me foutrai de ces gens là »

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Paul GAUGUIN (1848 – 1903) – Peintre

Lettre autographe signée adressée à Émile Schuffenecker – Moëlan-sur-mer (Finistère), 16 octobre 1890 – 4 pp. in-12, à l’encre violette sur papier quadrillé, enveloppe avec adresse.

Belle lettre relative à son départ prochain pour Tahiti et à ses difficultés relationnelles

« Mon cher Schuffenecker,

Je reçois votre lettre avec toutes ses bonnes nouvelles, mais je suis depuis quelques temps si décavé que je ne crois plus que difficilement les bonnes choses. Rien reçu de Van Gogh [le marchand d’art Théo van Gogh, frère cadet du peintre], et peut être que c’est bien peu de choses. Je dois ici le 11 du mois 350 f., voilà bien des frais à payer et l’affaire Van Gogh bouchera t-elle le trou. Si je peux je serai à Paris la semaine prochaine : je tiens à mon départ et j’ai besoin de me remuer à Paris pour partir dans les meilleures conditions possibles. Vous avez raison de dire pour votre frère (paroles en l’air), vous avez en lui plus de confiance que j’en aurais. Il a le chic pour vous dorer la pilule, et vous avez déjà eu quelques déboires. C’est votre frère me direz-vous ! d’accord alors je n’ai plus rien à dire.

Quoiqu’il en soit je souhaite que vous réussissiez, non pas par intérêt pour moi mais pour vous même. Vous savez qu’en fait d’intérêts je vais de plus en plus, malgré encore peu de chance, du côté qu’il ne faut pas.

Je suis très étonné du tort que je me fais avec mon caractère hautain. Vous ne vous expliquez pas là dessus. Les personnes qui pourraient m’être utiles sont peu nombreuses, je les connais et je ne crois pas que je les ai maltraitées. Quand à ceux qui peuvent me faire du tort, Pissarro et Cie c’est plus pour le talent qu’ils crient que pour mon caractère. J’aurais beau faire, ma tête est toujours là pour faire croire au dédain – je n’y puis rien.

Et puis zut ; on ne gagne jamais à faire la cour aux imbéciles – Et j’ai de quoi mépriser une grande partie du monde. Enfin passons là dessus. Quand je serai à Taïti je me foutrai de ces gens là.

J’ai fini mon bois que je crois mieux que l’autre ou en tous cas aussi bien ; il est sculpté des 2 côtés [les bois Soyez amoureuses vous serez heureuses (1889) et Soyez mystérieuses (1890)]. Charlopin [le docteur Charlopin, collectionneur et inventeur] m’avait écrit que je serais payé le 12 au plus tard. C’est toujours un petit engagement par écrit. Je ne comprends rien à tous ses retards. Enfin comme vous le dites – Espérons.

Si vous revoyez Laval [Charles Laval (1861-1894), également de l’École de Pont-Aven, qui avait accompagné Gauguin au Panama en 1887, puis en Martinique. Ils seront définitivement brouillés lorsque Laval se fiance à Madeleine Bernard, sœur d’Émile, que courtisait également Gauguin], vous pourrez lui dire que je suis étonné de son silence depuis un an. Je n’entends jamais de lui aucune parole qui s’intéresse à mon sort. Enfin s’il gagne un peu d’argent tant mieux ; je crois qu’il en aura plus besoin que n’importe qui, et qu’il aura une vie bien malheureuse plus tard sans avoir même le droit de se plaindre.

Envoyez moi mes clefs pour fermer ma malle. Bien des choses à toute votre smala y compris votre frère et son chien […] » 

Paul Gauguin et Émile Schuffenecker (1851-1934) se rencontrent chez l’agent de change Bertin en 1872, avant de quitter leur emploi pour se consacrer l’un et l’autre à la peinture et rejoindre l’École de Pont-Aven. Lorsqu’il est en difficulté matérielle ou financière, ce qui se produit régulièrement, Gauguin trouve auprès de son ami un soutien fidèle. Schuffenecker l’héberge à trois reprises : en 1885 à Montrouge, pendant plusieurs mois, à son retour de Copenhague où il a laissé femme et enfants, puis en 1887, après son séjour aux Antilles, souffrant alors de paludisme et de dysentrie. La troisième cohabitation, qui fait suite à cette lettre, se révèle particulièrement houleuse et les manières abruptes de Gauguin épuisent la patience de son ami. En novembre 1890, quelques semaines plus tard, Schuffenecker « invite » son ami à quitter son domicile du 14, rue Durand-Claye (Paris/Plaisance).

Hormis ses difficultés relationnelles, Gauguin évoque ici son voyage prochain à Tahiti, déjà annoncé dans une lettre du 7 août, voyage auquel devaient participer Émile Bernard et Meyer de Haan. C’est finalement seul qu’il embarquera pour Tahiti, à Marseille le 1er avril 1891.

 

Petites déchirures au pli, voir photos.