Robert de MONTESQUIOU – Sur sa participation à une conférence
6 lettres autographes signées, dont 5 adressées à Sylvain Bonmariage, alors secrétaire du théâtre Sarah Bernhardt et 1 à une dame [Ida Rubinstein ?] – S.l., [1916] – 15 pp. in-4 ou in-8.
« Après cela, je vous autorise à répondre aux gens qui vous diraient que je suis un réclamier, qu’ils se mettent leur doigt de carton dans leur œil de verre. »
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Robert de MONTESQUIOU (1855 – 1921) – Homme de lettres, critique et poète
6 lettres autographes signées, dont 5 adressées à Sylvain Bonmariage, alors secrétaire du théâtre Sarah Bernhardt et 1 à une dame [Ida Rubinstein ?] – S.l., [1916] – 15 pp. in-4 ou in-8.
L’organisation mouvementée d’une conférence de bienfaisance
Intéressante correspondance relative à la conférence que Robert de Montesquiou donnera le 20 décembre 1916 au théâtre Sarah Bernhardt, concernant son recueil Offrandes blessées : élégies guerrières, volume de vers sur la guerre publié en 1915. Cette conférence sera suivie d’une lecture par Ida Rubinstein de poésies tirées du recueil. Il s’agit de la seconde série de conférences organisée par L’Œuvre fraternelle des artistes, sous l’égide du conseil municipal et du ministère de l’Instruction publique et des Beaux-arts ; elle débute en octobre 1916 et se terminera en 1917, son objectif est de venir en aide aux orphelins de guerre.
Dans ses Mémoires fermés : l’amour, l’esprit, les mœurs 1905-1940 (pp. 196-198), Sylvain Bonmariage nous éclaire sur le contexte de ces échanges : Montesquiou aurait demandé à un de ses cousins de suggérer à Bonmariage, par l’entremise de Mme de Chelles, de faire appel à lui pour prendre part à ce cycle de conférences. Bonmariage en accepte le principe et modifie la programmation pour accéder à la demande de Monstesquiou. Mais ce dernier décide de refuser car :
- Il est froissé qu’on ne lui ait pas fait l’offre d’y participer, comme ce fut le cas pour Edmond Rostand.
- Il souhaiterait que ce soit Sarah Bernhardt qui lui en fasse la demande en personne, avec plus de formalisme de la part du ministère.
Il acceptera finalement d’y participer, en imposant Ida Rubinstein comme lectrice de ses poèmes.
Quelques extraits :
« Cher Confrère,
Puisque vous dîtes : « la première note », j’en conclue qu’il y en aura une seconde, pour la rédaction de laquelle je vous soumets ce projet. Vous me ferez plaisir en m’envoyant une ou deux affiches pour ma collection. Merci et à bientôt.
P.S. Je comprends votre aimable intention de programme, plus ou moins détaillé ; non seulement je ne l’accepte pas, mais je m’y oppose. Je ne veux pas qu’on parle de moi, c’est moi qui parle, pour dire l’émotion de mon esprit et de mon cœur. Ma noble collaboratrice est du même sentiment. Ceux qui, dans de telles heures, admettent d’attirer l’attention sur eux, autrement que pour la reporter sur ceux tous qui sont ne méritent pas de vivre, et moins encore de mourir. Dixit. C.Q.F.D.
Après cela, je vous autorise à répondre aux gens qui vous diraient que je suis un réclamier, qu’ils se mettent leur doigt de carton dans leur œil de verre. Je vous le répète, je comprends très bien que votre intention est sympathique, et je vous en sais gré, mais je ne doute pas non plus que vous n’approuviez ma réponse. »
« Cher Confrère,
Je ne crois pas devoir vous déranger inutilement par ces temps pluvieux. Je voulais vous le dire, les accessoires sont tout trouvés : rien ! Pas plus de piano entrouvert et fleuri de tout le printemps des gerbes gommées, que, dans l’ordre des prospectus, les qualificatifs artificiels.
Merci de m’en épargner le tam-tam. Pour la même raison, je vous saurais gré de me soumettre (si vous ne le jugez pas trop exigeant) la note pouvant être envoyée aux journaux, si vous en faîtes une. Seule, La Dignité simple rend tolérable dans l’heure angoissée, ce qui ose n’offrir que le commentaire respectueux, au lieu du remède souverain. […] »
« Madame,
Je me fais scrupule d’ajouter au glorieux malaise de notre manager, d’autant plus louable d’arborer, sans trêve, une expression souriante, au dessus de maux toujours prêts à se réveiller. Cela, c’est encore une « offrande blessée », que Bellone soit. J’espère bien redonner cette conférence (elle aussi blessée), un jour que j’aurai mes deux ailes , et non ce gros paletot ; alors on verra la différence qu’il y a entre Phaëton et Azraël. […] »
Une lettre avec un bord effrangé, un point de rouille, bon état général sinon, voir photos.





