Mémoire d'encres - Lettre autographe signée de Victor Hugo adressée à Alphonse de Lamartine

Victor HUGO – Précieux témoignage de la célèbre discorde entre Hugo et Lamartine

Lettre autographe signée V. H. adressée à Alphonse de Lamartine – Guernesey. Hauteville house, 6 mai 1857 – 1 page sur un double feuillet in-8.

 

« Votre ancien ami, V.H. »

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Victor HUGO (1802 – 1885) – Poète et dramaturge

Lettre autographe signée V. H. adressée à Alphonse de LamartineGuernesey. Hauteville house, 6 mai 1857 – 1 page sur un double feuillet in-8.

Précieuse lettre, aux sources de la brouille entre Hugo et Lamartine

« Mon cher Lamartine,

Pas d’équivoque entre nous. Tous les proscrits qui m’entourent ici pensent unanimement que c’est moi que vous avez voulu désigner dans votre entretien XVI, page 263. Je vous pose à vous-même la question et je suspends, jusqu’à ce que vous ayez répondu, mon sentiment / jugement personnel. Répondez-moi oui ou non. Les amitiés de trente-sept ans doivent durer ou finir par la franchise. Votre ancien ami, V.H.

Je sais, par Béranger, que vous connaissez le livre intitulé Châtiments.

[P.S. en marge] Je n’ai pas à m’expliquer sur des écrits qui sont la fonction même de ma vie et qui résument pour moi le devoir dans son acception la plus haute. Mais je dois vous poser une question. »

 

Voici un extrait du passage incriminé, publié dans le Cours familier de Littérature de Lamartine : « Le satiriste sanglant est le bourreau des renommées ; il jette au charnier les noms dépecés de ses ennemis littéraires ou de ses ennemis politiques. Ce n’est pas le métier des immortels. Ce sont là de ces gloires dont on se repent ; il faut se les refuser, sinon par respect pour ses ennemis, du moins par respect pour soi-même ».

En retour, Lamartine nia avoir visé Victor Hugo dans son article, sans donner pour autant plus de précision sur « l’œuvre de colère » qui avait provoqué sa « répulsion ». Cette réponse ne tarda guère et est datée du 11 mai :

« Mon cher ami, Non, jamais rien d’intentionnellement blessant pour vous n’est sorti de mon cœur et ne sortira de ma plume. Vous auriez pu le voir aux termes dont je me suis servi l’année dernière en parlant de vous dans ces causeries écrites bien avant la publication de vos Iambes. Vous le verrez bientôt dans la sincère glorification de votre génie lyrique auquel je ne compare rien de moderne, cela ne veut pas dire que j’abdique ou rétracte rien de ma répugnance générale et théorique à la satire en vers infligée aux noms propres. Ceci est chez moi un système et sentiment ; mais ce ne sera jamais à un ami malheureux que j’en ferai l’application. Je regrette que vos amis s’y soient trompés. On ne s’y trompe pas ici.

Je relisais en ce moment vos deux derniers et presque partout sublimes volumes (Les Contemplations). La poésie est fille de la mer et de l’exil dans Homère, dans le Dante, dans Byron et dans vous. Quant à moi, je lutte ici dans un travail ingrat et mercenaire pour sortir honorablement de la vie : cela vaut bien dix exils, mais cela ne vaut pas la mer.
Adieu, ne doutez jamais de ma constante amitié, aussi vieille et aussi fidèle que mon admiration. »

Victor Hugo se contenta manifestement de cette justification, lorsque Lamartine entreprit une édition de ses œuvres complètes, Hugo s’empressa d’y souscrire.

Quelques traces d’usure, voir photos.