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Yukio MISHIMA – Lettre exceptionnelle adressée à Tennessee Williams

Lettre autographe signée adressée à Tennessee Williams – New York, 25 décembre 1957 – 4 pp. in-8, à l’en-tête imprimé de l’Hotel Van Rensselaer.

 

Durant mon séjour ici, votre chaleureuse et douce amitié m’a beaucoup réconforté et quelquefois encouragé. Le plus grand plaisir que j’ai eu à New York, c’est de vous avoir connu personnellement.

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Yukio MISHIMA (三島 由紀夫. 1925 – 1970) – Écrivain

Lettre autographe signée adressée à Tennessee Williams – New York, 25 décembre 1957 – 4 pp. in-8, à l’en-tête imprimé de l’Hotel Van Rensselaer.

Superbe lettre reliant deux auteurs majeurs du XXe siècle et deux destins

« Dear Tennessee,

I have to say good-bye, since I suddenly made up my mind to leave here and go back to Japan through Europe because of unexpected postponement of my play.

While I’ve been staying here, your warm and sweet friendship conforted and sometimes encouraged me very much. It is my greatest pleasure I’ve had in New York that I should know you personnally.

One thing regrettable is I couldn’t see your new play which will start after my leaving.

Recently I’ve heard about the story of « Suddenly Last Summer… » from John Goodwin, then I recalled a famous japanese short-story written in 18 century. The tittle is « The Blue turban » (Ao-Zukin), the author is Akinari Ueda whose collection of short stories called « Ugetsu Monogatari » includes this one. I am not sure you have its english translation or not, but if you get it, you would find very familiar theme to your new play.
It is the story of a high priest who lived on a top of a mountain. He loved so much a young disciple that, after sudden death of the young boy, he ate boy’s corpse completely but only bones. But I’m afraid it would me too difficult to translate in english, because it is written in so old aesthetic style.
If you’ll get any plan to have a trip to japan, please let me know it in advance. I would like to see you again very much in my home town Tokyo.
my home address is :

2323, Midori-ga-oka, Meguro-ku

Tokyo, Japan

Tel (78) 3326

I wish tremondous success of your new play and happy new year.
Yours Sincerely

P.S Please give my « au revoir » to Franky »

 

Traduction : Cher Tennessee,

Je dois vous dire au revoir, ayant soudain pris la décision de partir et de retourner au Japon par l’Europe, en raison du report inattendu de ma pièce.
Durant mon séjour ici, votre chaleureuse et douce amitié m’a beaucoup réconforté et quelquefois encouragé. Le plus grand plaisir que j’ai eu à New York, c’est de vous avoir connu personnellement.
Une chose que je regrette, est de n’avoir pu voir votre nouvelle pièce qui débutera après mon départ. J’ai récemment entendu parler de l’histoire de « Soudain l’été dernier… » par John Goodwin [l’écrivain américain John Blair Linn Goodwin (1912-1994)], puis je me suis souvenu d’une nouvelle japonaise écrite au 18e siècle. Elle s’intitule « le capuchon bleu » (Ao-zukin), l’auteur en est Akinari Ueda dont le recueil de nouvelles « Ugetsu monogatari » [Contes de la pluie et de la lune, comprenant 7 nouvelles, dont 2 furent adaptées par Kenji Mizoguchi dans ses Contes de la lune vague après la pluie] comprend celle-ci. Je ne sais pas si vous avez ou non sa traduction anglaise, mais si vous pouvez en disposer, vous y trouverez un thème très familier avec votre nouvelle pièce. C’est l’histoire d’un prêtre de haut rang qui vivait au sommet d’une montagne. Il aimait tellement un jeune disciple qu’après la mort du jeune garçon il mangea le cadavre du garçon en entier sauf les os. Mais je crains que ce ne soit trop difficile à traduire en anglais, parce que c’est écrit dans un style esthétique ancien. Si vous avez un projet de voyage au Japon, merci de m’en informer à l’avance. J’aimerais beaucoup vous revoir dans ma ville natale de Tokyo.

Mon adresse est la suivante :

2323, Midori-ga-oka, Meguro-ku

Tokyo, Japon

Tél (78) 3326

Je vous souhaite un grand succès pour votre nouvelle pièce et une bonne année.

P.S. donnez, je vous prie mon « au revoir » à Franky [Frank Merlo, le compagnon de Tennessee Williams].

 

La notoriété de Mishima était acquise au Japon après la publication d’une série de chefs-d’œuvre : Confessions d’un masque (1949), Le Bruit des vagues (1954) et Le Pavillon d’or (1956), qui connut également un immense succès à l’étranger. L’écrivain s’était ensuite fixé comme objectif de conquérir les États-Unis pour devenir le premier auteur japonais de renommée mondiale.

À l’occasion de la publication de ses Five Modern No Plays [Cinq nôs modernes], Alfred Knopf, son éditeur new-yorkais qui avait déjà publié Le Bruit des vagues, lui demande de venir sur place et le 9 juillet 1957, il embarque à Haneda pour les États-Unis. Après une escale en Californie, où il put visiter les studios d’Hollywood, il donne une conférence à l’université du Michigan sur « l’état actuel de la littérature japonaise » avant d’atteindre New York.

C’est pendant cette tournée de promotion que Mishima fait la rencontre de Tennessee Williams. Il y eut de nombreuses interviews promotionnelles organisées avec Donald Keene, traducteur de l’œuvre, ainsi que des critiques plutôt favorables dans la presse, jusqu’à une proposition d’un petit théâtre off-Broadway de Keith Botsford, mais aucune piste n’aboutit de manière concluante, provoquant un malaise grandissant chez l’auteur qui avait déjà propagé la nouvelle d’un succès prochain dans les journaux de Tokyo. Le 21 décembre fut une journée décisive, Mishima apprenant la nouvelle d’un report supplémentaire pour la mise en scène de sa pièce annule tous ses rendez-vous en vue d’un retour immédiat au Japon. Cette lettre se situe donc quelques jours plus tard, Mishima prendra son vol de retour le 31 décembre, via Madrid et Rome, et atterrira au Japon le 10 janvier.

Les deux amis se croiseront de nouveau, lorsque Tennessee Williams et son ami Frank Merlo feront une halte de deux semaines à Tokyo, au cours d’un tour du monde entrepris en juillet 1959. Tennessee Williams retournera encore au Japon en octobre 1970 et rencontrera de nouveau Mishima, un mois avant son suicide par Seppuku le 25 novembre.

Plusieurs pièces de Tennessee Williams témoignent de l’influence de son ami et intègrent des éléments du théâtre japonais, tels la mise en scène inspirée du Nô ou des personnages dérivés du kuroko (effets scéniques assurés par des personnages vêtus de noir). C’est le cas dans ses œuvres tardives, notamment dans The Day on which a Man Dies, une méditation sur la mort de Jackson Pollock, que Tennessee Williams va dédicacer à son ami : « In memory of my friend, Yukio Mishima, with great respect for his art. »

 

Bon état, voir photos.