Jean COCTEAU et ses nombreux projets avec Jean Marais (1951)
Lettre autographe signée Jean* adressée à Jean Marais – Villa Santo Sospir [Saint-Jean-Cap-Ferrat], lundi 12 février 1951 – 1 page in-4 (21 x 27 cm).
« Je tâche d’éviter la peinture, peinture, à laquelle je n’ai aucun droit – et de peindre tout de même. Et c’est difficile. Car, dans cette zone, Picasso a pris toutes les places. »
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Jean COCTEAU (1889 – 1963) – Poète et cinéaste
Lettre autographe signée Jean* adressée à Jean Marais – Villa Santo Sospir [Saint-Jean-Cap-Ferrat], lundi 12 février 1951 – 1 page in-4 (21 x 27 cm).
Lettre foisonnante, évoquant ses nombreux projets avec Jean Marais, ses peintures en cours et Picasso
« Mon bon Ange,
Aujourd’hui c’est le soleil, qui te ressemble. Doudou est tout nu sur la terrasse et moi je peins, je peins, je peins – Je tâche d’éviter la peinture, peinture, à laquelle je n’ai aucun droit – et de peindre tout de même. Et c’est difficile. Car, dans cette zone, Picasso a pris toutes les places.
J’ai une foule de notes pour ma pièce. C’est Bacchus. Mais il a fort évolué. Le personnage est pris entre Rome et Luther. Si j’y arrive, ce sera le drame de la liberté. Il me faudra du temps. Je ne peux écrire des choses si graves à plume courante. Donc, ton idée de reprendre la Machine serait mon rêve. Parles-en à Karsenty et à Dux. (Dux m’a téléphoné avant mon départ)
Je laisse un peu Britannicus tranquille parce qu’il est fait dans ma tête et ne relève plus que de difficultés de la minute où notre décision sera prise. Ne saute pas en l’air, je pense à Danièle Delorme pour Junie. Elle accepte tous les essais et refuse. Il importe de contredire tout conformisme tragique. Orphée a un succès fou en Autriche. Je vais à 3 h enregistrer à Nice mon remerciement aux viennois. Je t’embrasse.
[P.S.] tu ne seras jamais en costume de Bacchus mais en costume François 1er – Suisse allemande. Très élégant.
Tendresses de Francine (qui peint-sic) et de Cégeste qui peint. C’est Barbizon. »
La Machine infernale, créée en 1934 à la Comédie des Champs-Élysées, sera effectivement reprise au théâtre des Célestins à Lyon le 21janvier 1954, par la Compagnie Jean Marais, puis aux Bouffes-Parisiens, le 28 septembre de la même année.
En janvier 1951, Jean Cocteau avait enregistré une série de 14 entretiens radiophoniques avec André Fraigneau, qui seront diffusés entre le 26 janvier et le 28 mars, ils contribueront largement à la diffusion et à la renommée de son œuvre. À l’occasion d’un de ses Entretiens autour du cinématographe, Jean Cocteau confiera également à Fraigneau son projet de tirer un film de Britannicus, avec Jean Marais dans le rôle de Néron, mettant en valeur l’acteur dans ce qu’il considère comme son meilleur rôle (la pièce sera créée à la Comédie française en janvier 1952), mais ce projet d’adaptation n’aboutira pas.
Après un long travail de préparation, Jean Cocteau débute l’écriture de Bacchus en août 1951. Dans leur correspondance, Jean Marais est associé à chaque étape du projet et Cocteau ne ménage pas ses efforts pour susciter l’intérêt de l’acteur (voir à ce sujet cette autre lettre) et Gérard Philipe n’est envisagé que comme un second choix. Ni l’un ni l’autre ne seront finalement disponibles pour tenir le rôle. Le fait est que Gérard Philipe rejoint le T.N.P. de Jean Vilar et Jean Marais faisant son entrée à la Comédie française a déjà pris ses distances avec Cocteau, y compris sur un plan plus personnel.
Le compagnon de Jean Cocteau, Édouard Demit, dit « Doudou » (1925-1995), rencontré en 1947, avait tenu le rôle de Cégeste dans Orphée ; il fut également son assistant technique pour Les Parents terribles et joua le rôle de Paul dans Les Enfants terribles, réalisé par Jean-Pierre Melville, d’après le roman de Cocteau. Il sera adopté par Cocteau dans les dernières années de sa vie et deviendra son légataire universel.
Épouse du banquier américain Alexandre Weisweiller, Francine (1916-2003), avait fait la connaissance de Cocteau en 1949, par l’intermédiaire d’une de ses cousines, elle était devenue son amie, mais aussi son mécène. Productrice des Enfants terribles (Jean-Pierre Melville, 1950), elle avait favorisé son élection à l’Académie française la même année et édité une grande partie de ses œuvres. Jean Cocteau séjournera régulièrement dans sa villa Santo Sospir – la propriété, inscrite aux Monuments historiques et décorée par Madeleine Castaing, est riche d’œuvres acquises ou offertes par Soutine, Picasso, Braque, etc. Cocteau couvrira ses murs de fresques. Les deux amis se brouilleront peu avant la mort de Cocteau.
Bon état, voir photos.

