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Max ERNST vient d’apprendre qu’il va être enfermé comme « étranger ennemi »

Lettre autographe signée Max et Prim adressée à Mon cher Joë [Joë Bousquet] – St. Martin d’Ardèche, mardi 5 septembre 1939 – 1 p. ½ in-4 (21,5 x 27,3 cm), sur papier quadrillé.

 

« Je vais partir vendredi prochain pour le « Centre de rassemblement pour les Étrangers »… et, bien entendu, je ne sais pas ce qui m’attend. »

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Max ERNST (1891 – 1976) – Peintre et sculpteur

Lettre autographe signée Max et Prim adressée à Mon cher Joë [Joë Bousquet] – St. Martin d’Ardèche, mardi 5 septembre 1939 – 1 p. ½ in-4 (21,5 x 27,3 cm), sur papier quadrillé.

Rare lettre des premiers jours de la Seconde Guerre mondiale, alors qu’il va être arrêté comme « étranger ennemi »

« Que nous avons bien reçu tes livres, sera peut-être le dernier événement heureux avant longtemps. Car qui sait quand « Le passeur », si attendu pourtant suivra (ou paraîtra même) ? Je vais partir vendredi prochain pour le « Centre de rassemblement pour les Étrangers » à Largentière (Ardèche) et, bien entendu, je ne sais pas ce qui m’attend. Mais je te tiendrai au courant autant que ça me sera permis. Crois-tu pouvoir faire quelque chose pour moi ? Pourrais-tu p. ex. écrire au chef de ce centre de rassemblement, en faisant valoir que tu es commandant de la Légion d’Honneur, que tu réponds de mes sentiments loyaux et amicaux envers la France. Ce que je voudrais obtenir (ce serait évidemment le cas le plus favorable) c’est la permission de retourner à St Martin d’Ardèche, où nous avons une maison et des terres, et de m’y rendre utile dans le sens que les autorités civiles décideront. (Les vendanges sont proches et la main d’œuvre y manquera).
Le voyage que nous (Prim et moi) avions projeté, le voyage à Carcassonne, est bien entendu, dans l’eau.

Quand pourrons nous te voir maintenant ? Que fait James ? Dis-lui et à Jeanne nos grandes amitiés. Je t’embrasse. »

 

Alors que la guerre est déclarée depuis deux jours, Max Ernst, en raison de sa nationalité allemande, s’apprête à se rendre dans un camp de rassemblement réservé aux « étrangers ennemis » ; il y passera six semaines avant d’être interné au camp des Milles, près d’Aix en Provence. Max Ernst vit alors avec Leonora Carrington , surnommée « Prim » qu’il avait rencontrée en 1937 et avec qui il était parti s’installer dans leur maison de Saint-Martin-d’Ardèche un an plus tôt.

Le poète Joë Bousquet (1897-1950), grand blessé de la Première Guerre mondiale, est paralysé et vit dans sa chambre aux volets clos, à Carcassonne. Pendant la Seconde Guerre mondiale, cette chambre servira de boîte aux lettres et de cache pour la Résistance locale et pour les intellectuels juifs ayant fui Paris. Joë Bousquet était également collectionneur et possédait des toiles des principaux peintres surréalistes, dont Max Ernst, mais aussi Yves Tanguy ou Salvador Dali. James et Jeanne Ducellier qu’Ernst salue à la fin de sa lettre, furent parmi les proches confidents de Bousquet, qui leur léguera une part significative de ses écrits et correspondances.

Max Ernst devra attendre août 1940 pour parvenir à s’enfuir, avec l’aide de Peggy Guggenheim, qu’il épousera l’année suivante.

Voir également à ce sujet cette autre lettre.

 

Plis d’usage, bon état général, voir photos.