Prosper MÉRIMÉE, évoquant l’assassinat du juge Poinsot (1861)
Lettre autographe signée adressée au comte Léon de Laborde – S.l.n.d. [fin février 1861], mardi soir – 1 p. ½ sur un feuillet in-8, papier vergé bleuté.
« Voilà ce que disent les provinciaux qui se prétendent bien instruits. »
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Prosper MÉRIMÉE (1803 – 1870) – Écrivain, historien et archéologue
Lettre autographe signée adressée au comte Léon de Laborde – S.l.n.d. [fin février 1861], mardi soir – 1 p. ½ sur un feuillet in-8, papier vergé bleuté.
Révélations fracassantes dans l’affaire de l’assassinat du juge Poinsot
«Vous en parlez bien à votre aise. On ne voit pas Monseigneur comme on veut. Je lui ai demandé audience ; son secrétaire général et son secrétaire particulier sont chargés par moi de le lui rappeler. Rien n’y fait. Il est obligé d’aller au bois et cependant ce n’est pas cela qui lui manque.
Je prévoyais la réponse du Maréchal mais si Madame Cornu s’est mis la chose en tête, elle le fera réussir malgré S. Ex., le mal c’est que la pétitionnaire est bien papiste et légitimiste, et imprudente de bouger en sorte que je crains qu’elle ne touche des gens assez mal prévenus en sa faveur.
Est-il vrai que M. Poinsot se fut procuré un fils naturel dont il aurait violé ou séduit la femme et que ce fils sous prétexte de se venger aurait escoffié l’auteur de ses jours ? On m’assure que la justice craignant qu’on ne soupçonne ses mœurs déjà si décriées par les excès de M. Partarieu-Lafosse aurait calomnié ce pauvre Jud qui n’aurait eu d’autre tort que de jeter un russe par la portière d’un wagon, avec cette circonstance atténuante que le russe aurait été trouvé culotte à bas, sur la voie. Voilà ce que disent les provinciaux qui se prétendent bien instruits. Mille amitiés et compliments. »
L’affaire Poinsot-Charles Jud : Lorsque le juge Louis Poinsot est assassiné dans le train Bâle-Paris le 6 décembre 1860, Charles Jud, qui avait déjà été soupçonné d’une tentative d’assassinat sur le médecin-major russe Vladimir Heppi, a été accusé comme coupable de l’assassinat du juge Poinsot. Mérimée émet ici une autre hypothèse…
À noter, que c’est à la suite de cette affaire très médiatisée, que le ministre de l’intérieur Eugène Rouher a imposé l’installation d’un système d’alarme dans chaque wagon, initiative rapidement reprise dans de nombreux autres pays.
Jean Isidore Partarrieu-Lafosse (1797-1862) est un homme politique, magistrat, député de la Gironde. Il démissionnera quelques mois après ces événements et terminera sa carrière comme conseiller à la cour d’appel de Paris.
Hortense Cornu (1809-1975), née Albine Hortense Lacroix, est la fille d’une femme de chambre de la reine Hortense et la filleule de celle-ci. Elle était la cadette d’une année du prince impérial et entretint des relations privilégiées avec lui. De convictions républicaines, le coup d’État de 1851 porta un temps atteinte à leur amitié, mais elle renoua avec Napoléon III au début des années 1860. Femme de lettres et salonnière, elle tenait un salon réputé, qui lui attira la jalousie de la princesse Mathilde.
Le comte, puis marquis Léon de Laborde (1807-1869) était archéologue et historien d’art. Il était également le frère de Valentine de Laborde, épouse du puissant préfet de police Gabriel Delessert, mais aussi, pendant des années, la maîtresse et l’égérie de Prosper Mérimée. En 1854, il quitte ses fonctions au Louvre et présidera l’année suivante la section Beaux-Arts de l’Exposition universelle. Pendant la Révolution de 1848, il avait été en outre chargé de veiller avec Mérimée sur les objets d’art du château des Tuileries.
La lettre figure dans la correspondance publiée par Maurice Paturier, dans le supplément à la première et à la deuxième édition (page 414).
Bon état, voir photos.


