Victor HUGO porte un regard désabusé sur ses anciens amis russes
Lettre autographe signée Victor Hugo adressée à Émile Deschanel – [Guernesey], 11 novembre [1858] – 2 pp. sur un double feuillet in-8, papier vergé bleuté ; au verso du second feuillet : Monsieur Em. Deschanel, cachet de réception J. Hetzel.
« Je n’ai pas reçu une lettre d’eux depuis que j’ai l’honneur d’être un proscrit. Tous ces russes sont des princes et tous ces princes sont des moujiks »
Victor HUGO (1802 – 1885) – Poète et dramaturge
Lettre autographe signée Victor Hugo adressée à Émile Deschanel – [Guernesey], 11 novembre [1858] – 2 pp. sur un double feuillet in-8, papier vergé bleuté ; au verso du second feuillet : Monsieur Em. Deschanel, cachet de réception J. Hetzel.
Évoquant ses anciennes amitiés, celles d’avant l’exil
« Vous avez manqué, hélàs ! à ce charmant groupe qui s’est posé un moment sur mon rocher, et qui s’envole. Allez à Pittsburg soit, mais tâchez de découvrir là-bas que le chemin le plus court pour revenir à Bruxelles passe par Guernesey. Je ne vous enverrai pas de lettres d’introduction pour des russes : avant décembre, avant février, je connaissais beaucoup de Narishkin, Kourakine, de Volkonsky et de Mechtcherski ; aujourd’hui pas un ne me connaît plus. Je n’ai pas reçu une lettre d’eux depuis que j’ai l’honneur d’être un proscrit. Tous ces russes sont des princes et tous ces princes sont des moujiks.
Adieu, à bientôt, charmant esprit, noble cœur, digne ami ! »
La lettre d’Hugo adressée à Paul Meurice deux jours plus tôt nous renseigne sur « ce charmant groupe qui s’est posé un moment sur [son] rocher » ; il s’agit d’un « parterre de guernesiais et de belges », composé de Théophile Guérin, Noël Parfait, Gustave Frédérix, Auguste Vacquerie et Jules Hetzel, autour de Hugo, sa femme, sa fille Adèle et son fils Charles.
Émile Deschanel (1819-1904) avait également quitté la France après le coup d’État de 1851. Réfugié à Bruxelles, il y vit de conférences et entretient une correspondance régulière avec Victor Hugo. Sur leurs liens d’affection et d’estime, voir également cette autre lettre proposée au catalogue.
Alors que Deschanel projette de se rendre en Russie pour y donner des conférences – elles n’auront pas lieu, peut-être en raison de l’amnistie de 1859 – il sollicite de son ami Hugo quelques mots d’introduction auprès de l’aristocratie russe, mais n’obtient en retour que ce refus teinté d’amertume.
Victor Hugo avait pourtant été en contact étroit avec nombre de ces aristocrates, côtoyés dans les salons parisiens huppés, où il était convié et honoré. Après le coup d’État, la fréquentation d’un exilé politique banni par l’empire français représentait pour eux un risque considérable, pour leurs biens comme pour leurs titres.
Avant 1851, Victor Hugo était un habitué du salon de la princesse Zenaide Volkonsky, haut-lieu de rencontre pour l’intelligentsia russe de passage à Paris et pour les figures du romantisme français, ainsi que de celui de la princesse Julia Kourakine et de son époux Aleksey Borisovitch Kourakine, lié au vice-chancelier Kourakine, dit le « Prince Diamant ».
Hugo fréquenta aussi le salon de Marie Narychkine, née Kniazhevich, où il rencontra le comte Alexandre Narychkine, grand amateur des arts et des lettres.
Elim Pétrovitch Mechtcherski était également ami et admirateur de Victor Hugo. À son décès en 1844, Hugo signa un éloge funèbre dans son recueil Les roses noires (1845) ; son épouse Evdokia Petrovan Rostopchine avait composé un poème dédié à Victor Hugo.
Bon état voir photos.



